Livre : « Les Kararaô du Brésil central », de Gustaaf Verswijver. Coédition Musée Barbier-Mueller et Éditions Ides et calendes.

Perte progressive d’identité.
« Les Kararaô du Brésil central » n’a rien à envier aux sagas nordiques ou aux séries interminables qui se complexifient au fur et à mesure que le temps passe. Sauf que ce livre, loin d’être celui d’un romancier, a pour auteur un anthropologue passionné par son sujet.
Il relate comment depuis les années 30, un des sous-groupes des Indiens Kayapo a évolué jusqu’à être proche de l’extinction aujourd’hui. Scrupuleux, Gustaaf Verswijver l’est tant à l’égard de la population étudiée – dont il relate les moindres déplacements ou scissions – que du lecteur – qui est averti que « le récit qui relate l’histoire des Kararaô est particulièrement complexe ».
Effectivement, le livre se mérite, mais il rend attachant chaque individu de ce groupe. En effet, si les coutumes sont particulières, elles ont pour fondement des ressorts universels et nous rejoignent donc indirectement. La conclusion – que l’on ne dévoilera pas – le montre de façon exemplaire.
On aurait par conséquent tort – même si les photos y invitent malgré elles – de considérer ce peuple sous un angle exotique. Ce qu’ils ont vécu est, d’une façon originale, ce qu’ont vécu tous les peuples.
Les épisodes des contacts avec les missionnaires, les saigneurs de latex ou le service administratif chargé de la pacification (un terme qui n’a rien à voir ici avec la connotation que lui a donné l’affaire algérienne dans la langue française) sont relatés sans jugement.
Le prêtre catholique qui accédait à la demande des Kararaô et leur donnait des fusils se doutait-il que c’était pour guerroyer contre d’autres groupes Kararaô ? Pourquoi les missionnaires protestant ne se sont-ils pas renseignés auprès de leurs homologues catholiques avant de partir en exploration ? Les Brésiliens qui donnaient de la nourriture – et parfois jusqu’à un champ à cultiver – aux Kararaô ne voyaient-ils en eux qu’une main d’œuvre bon marché à attirer et fixer ou bien étaient-ils aussi mus par la douleur de les voir voler pour manger ? Qui se rendait compte – ou non – que les contacts entre Brésiliens et Kararaô amenaient chez ces derniers des maladies qui, pour eux, étaient mortelles ? L’auteur ne répond pas à ces questions, par contre il détaille les réactions factuelles des uns et des autres. Et laisse le lecteur en prendre de la graine pour son propre contexte social.
Pierre FRANÇOIS
« Les Kararaô du Brésil central », de Gustaaf Verswijver. Coédition Musée Barbier-Mueller et Éditions Ides et calendes. 205 pages, 150 illustrations en couleur, 29 €, ISBN : 978-2-8258-0300-4, http://idesetcalendes.com/booksDetail.php?i=278

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