Festival d’Avignon off, théâtre : « La Mate, première partie : l’enfance », de et avec Flore Lefebvre des Noëttes au Théâtre des Halles.

Autobiographie.
Où une comédienne raconte avec verve l'histoire d'une génération perdue : celle née à la fin des années cinquante, trop jeune pour avoir connu le monde d'avant 68 comme les événements du même nom ; et qui a été éduquée par des traumatisés optant tantôt pour la rigidité au nom de principes et d'un monde qui devait leur ressembler, tantôt pour la permissivité au nom d'une tolérance dissimulant mal une incertitude fondamentale.

Sur le plateau, un pupitre flanqué d'une desserte de style moderne. Arrive la comédienne, un lourd manuscrit sous le bras. Le joue-t-elle plus qu'elle ne le lit ou est-ce l'inverse ? Peu importe. Elle nous fait surtout entrer dans un monde pétri de notations concrètes, de ces petits faits qui révèlent bien au-delà de la description comique qui en est donnée. On peut par exemple penser à ces maillots de bain tricotés en laine décrits avec un humour décapant et qui évoquent automatiquement dans l'esprit du public la mode des culottes autrichiennes en cuir qui sévit presque à la même époque. L'époque où les parents apparaissaient aux yeux de leurs enfants – évidemment nombreux, on est en plein baby boom – « beaux et effrayants ».
Le mécanisme de la pièce est là : des faits isolés, aussi concrets que dérisoires mais qui font revenir à la surface des esprits toute une enfance, toute une jeunesse. De la même façon que des cheminées de fées permettent de reconstituer un paysage. L'effet miroir est garanti pour les sexagénaires issus des classes aisées. Les plus jeunes ou ceux qui n'appartenaient pas à la riche bourgeoisie, touchés par la tendresse qui émane de ce récit, découvrent là un monde qui leur est à peu près aussi étranger que le Moyen-Âge.
La comédienne joue avec talent sur le registre du mime, qu'il s'agisse d'imiter les chanteurs des années soixante ou de recourir à une agilité et une précision extraordinaire dans ses mouvements de mains pour faire naître diverses émotions. La salle rit souvent, sûrement parce que tout le spectacle dégage une forte ambiance de vécu…
Pierre FRANÇOIS
« La Mate, première partie : l'enfance », de, avec et mis en scène par Flore Lefebvre des Noëttes. Festival d’Avignon off, du 4 au 26 à 20 heures (relâche le 14) au Théâtre des Halles, rue du Roi René, 84000 Avignon, tél. : 04 32 76 24 51, http://www.theatredeshalles.com/
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Photo : Laurent Schneegans

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