Théâtre : Festival Ars numerica

Même en interview, Florent Trochel est encore dans son monde visuel et féérique, cela se voit. Mais il ne s’en exprime pas moins clairement lorsqu’on l’interroge sur le délicat équilibre à tenir lorsqu’homme et technique cohabitent sur scène de façon évidente. Entretien à partir de la création de son spectacle « Montagne 42 », qui est au programme du festival de Montbéliard, « Ars numerica »(1).

Florent Trochel va présenter au festival « Ars numerica » de Montbéliard « Montagne 42 », un « spectacle hybride » qui mêle les personnages incarnés par les comédiens et de la vidéo. L’exercice est périlleux car, mal maîtrisée, cette technique hypnotise le regard du spectateur, gomme la présence du comédien et déshumanise le spectacle.

Mais Florent Trochel a pour atout de venir du monde des arts plastiques. Parti de la peinture, il est arrivé, par évolutions successives, au court-métrage puis au métissage entre projection et incarnation des personnages.

Quel rôle assigne-t-il à la vidéo pour la rendre acceptable dans un contexte théâtral ?

Pour lui, la vidéo peut être utilisée dans deux perspectives.

D’une part, comme source de lumière pour projeter une image fixe – concrète ou abstraite – ou mobile, ce en quoi elle se rapproche d’un décor. Mais elle est aussi un élément dramaturgique qui participe au récit dans la mesure où il va s’en servir pour agrandir ou restreindre le champs visuel du spectateur, voire faire disparaître des comédiens dans l’ombre pour mettre en valeur celui qui porte l’émotion à ce moment-là.

D’autre part, il va utiliser la vidéo pour projeter des extraits de témoignages filmés face caméra, dans une fonction normative et structurée. Mais, parce qu’il effectue ces projections depuis le fond (réel) de la scène sur un rideau de tulle transparent, la lumière de cette projection lui permet d’ouvrir un autre espace que celui qui apparaît de prime abord au spectateur.

Dans les deux cas, il assigne une double fonction à la projection, dont l’une au moins a un rapport direct avec la structure interne du récit. Ainsi se prémunit-il de l’aspect trop souvent plaqué de la technique, qui aboutit à une mise en concurrence entre la machine et l’humain, toujours néfaste à ce dernier.

 

Un mode moderne pour des messages éternels

Ars numerica est un festival des arts connectés. Dans un monde où la plupart des personnes communiquent par des téléphones et des écrans de toutes sortes, il est logique que l’art s’empare de cette nouvelle dimension de notre vie (il y d’ailleurs, parallèlement, des pièces contemporaines de facture classiques sur le même thème, par exemple l’excellente « Only connect »). La relation entre l’homme et la machine devient donc un des axes principaux d’Ars numerica, mais traitée sur le mode ludique. Sur des thèmes éternels (« Qui a peur du loup », au sujet du passage à l’âge adulte) ou plus modernes (« Montagne 42 », sur la petitesse de notre existence face aux découvertes qui repoussent éternellement les limites de l’univers), ce festival qui a lieu à Montbéliard jusqu’au 16 novembre explore également de nouvelles pistes d’expression artistique. Une exposition y devient un parcours sportif, une pièce prend des airs de performance, un concert se caractérise par son côté déconcertant…

 

Pierre FRANÇOIS

(1) « Festival Ars numerica », du 29 octobre au 16 novembre, MA scène nationale – Pays de Montbéliard, Hôtel de Sponeck, 54 rue Clémenceau, BP 236, F-25204 Montbéliard Cedex, tél. : 0 805 710 700 (gratuit), http://1314.mascenenationale.com

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