Théâtre : Écrits de M. Girardot de Nozeroy, ou des ré-épousailles d’avec son corps

Dans les « Écrits de M. Girardot de Nozeroy, ou des ré-épousailles d’avec son corps  » , seul le titre est raté, le reste est extra-ordinaire  ! Le talent du comédien est tel qu’il pourrait lire le bottin téléphonique et susciter la même attention et le même suspense chez le spectateur. La langue du texte est celle du XVIIe siècle, mais parfaitement compréhensible et sans lourdeur. La sobriété de la pièce est telle qu’elle évoque plus une lecture qu’un spectacle mis en scène (alors qu’il l’est, évidemment).

Le propos est parfaitement contemporain  : on est en plein épicurisme, non pas au sens dévoyé que l’on trouve dans les sites de rencontre, mais dans son acception philosophique, celle qui faisait dire à Sénèque, stoïcien, que la morale de son collègue végétarien était « saine, droite et même austère pour qui l’approfondit  ». L’équilibre prôné entre le corps et l’esprit rappelle les philosophies orientales qui se répandent actuellement.

En sept tableaux, le comédien aborde autant de thèmes d’une actualité frappante, tournant tous autour de la découverte et de l’écoute de soi en faisant confiance aux sens, notamment la vue, pour nous rendre compte de la réalité du monde, certains passages rendant hommage à Saint François d’Assise (tout en se disant athée). Jusqu’à arriver à cette triple découverte  : rien n’est bon ou mauvais en soi, la peur est à la racine du plaisir, le bien suprême est la solitude.

Pierre FRANÇOIS

Notes

« Les Ecrits de M. Girardot de Nozeroy ». Avec Christian Pageult. Jusqu’au 19 octobre au Lucernaire, 53, rue Notre-Dame-des-Champs, Paris 6e, tél. : 01 45 44 57 34.

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