Spiritualité : Route pèlerine pour la paix, premier segment : mont Saint-Michel – Villeurbanne (24).

Quand l’accueil rouvre, je comprends qu’une personne qui n’a pas prévenu, n’a pas l’âge moyen des arrivants et se déclare en prime comme pèlerin, cela fait beaucoup pour les bénévoles, mais après quelques allers-retours entre deux tables, une jeune fille prend les choses en main, me fournit les tickets de repas et m’attribue un dortoir à la porte duquel je trouve une coquille Saint-Jacques. Je peux enfin prendre une douche. Puis direction l’église. D’abord seul. Puis au moment de la prière du soir, fondu dans la foule. Un des chants me touche jusqu’aux larmes : « Jésus le Christ, lumière intérieure, donne-moi d’accueillir ton amour. » Le message est le même que celui de Paray-le-Monial, mais il est dit ici avec tant de délicatesse, de tendresse, qu’il suscite le désir autant que le précédent rebute. La nuit se passe dans un vrai lit, dans un dortoir pour quatre où je suis seul.

Le dortoir pour les pèlerins.

09/06
A
u matin, je pose la couverture en évidence pour montrer où j’ai dormi. Après le petit déjeuner, il est temps de faire les emplettes, rédiger et expédier le courrier et, surtout, partir avant le repas de midi. Quand je suis bien dans un endroit spirituel, il me vient à chaque fois cette citation de mon saint patron qui, comme d’habitude, n’avait rien compris : « Dressons trois tentes » (Mc 9, 5 ; Lc 9, 33 ; Mt 17, 4). Il faut toujours continuer, s’installer ne sert à rien. Je pars avec, dans mes bagages, le cahier de Taizé « Va, je suis avec toi » (puisque la mission est une réalité qui m’intéresse) et la lettre « Espérer au-delà de toute espérance ». Il s’agit maintenant de rejoindre Mâcon. C’est un chemin que j’ai déjà emprunté il y a des années. La piste cyclable est goudronnée et, se situant sur une ancienne voie ferrée, est pratiquement plate.

Retable de Jalogny.

Cette fois-ci, au lieu de m’arrêter à Cluny, avec son camping donnant directement sur la piste cyclable, je traverse la ville et prends le chemin du Carmel de la paix. Un pèlerinage pour la paix se doit d’effectuer ce détour. À mi-chemin, je découvre l’église Saint-Valentin de Jalogny. Attiré par la sobriété de ses arches romanes et fidèle à la piété de la fraîcheur des vieilles pierres et de la place assise gratuite – on a la piété qu’on peut, surtout quand on a chaud –, je m’y réfugie. L’intérieur est aussi simple que l’extérieur, à peine gâché par une statue du Sacré-Cœur d’un style sulpicien qui rappellerait presque le dolorisme espagnol.

Retable de Jalogny, détail.

En particulier, au-dessus d’un des autels secondaires se trouve un modeste retable en forme de bas-relief d’une délicatesse particulière. Dans des tons beige et chair qui accrochent la lumière, il montre un Christ en croix accompagné, verticalement, du Père et du Saint-Esprit, et horizontalement, de tous ceux qui ont assisté à sa mort, des saintes femmes aux soldats romains en passant par les pharisiens. Les regards – durs, interrogatifs, tristes – sont traités avec un soin particulier. Il s’agit d’un véritable catéchisme en image, quasiment d’une méditation sur toutes les dimensions de la Passion.

Retable de Jalogny, détail.

De là, je rends visite à une des seules personnes ayant accepté de m’accueillir au cours de mon itinéraire. Il s’agit d’une femme qui a suivi l’enseignement de la Mission de France. Elle me confie, lors de notre conversation, que le carmel vers lequel je me dirige n’a pas su retenir les novices qui s’y sont présentées.
Pierre FRANÇOIS