Spiritualité : Route pèlerine pour la paix, premier segment : mont Saint-Michel – Villeurbanne (22).

Un presbytère peu accueillant.

Retour à l’église, afin d’attendre assis plus confortablement que sur les marches, et avec un toit sur la tête. Quand je ressors, la voiture est là. Je sonne au presbytère, dont tous les volets sont à moitié clos. Pas de réponse. Je réitère. Même résultat. Au bout de quatre ou cinq fois, je retente le numéro de téléphone. Répondeur. Je laisse un, puis deux, puis trois, puis quatre ou cinq messages. En désespoir de cause, je commence à planter la tente dans la cour, à un endroit d’où je ne suis pas visible depuis la place de l’église. C’est alors que la porte s’ouvre. Le curé me sert une explication confuse, entre sieste pour expliquer son silence et aveu d’avoir entendu mes messages, et conclut en me disant que je ne peux pas dormir ici et qu’il m’a trouvé un logis. Il est pressé que je démonte la tente et remette le tout sur le vélo, mais avec 66 kilomètres dans les jambes suivis de plus d’une heure d’inaction, cela prend vingt minutes. Il s’agit ensuite non pas de mettre le vélo dans son coffre, ce que j’avais secrètement espéré, mais de le suivre. Évidemment, en automobiliste normal, il ne se rend pas compte que trente à l’heure est mon allure maximale, en descente.
Je lui dis quand même que ma moyenne est de douze kilomètres heure et essaye de le suivre comme je peux, mais abandonne rapidement, d’autant plus que les trois kilomètres restants sont en montée constante. Je le retrouve garé sur le bas-côté deux ou trois fois avant de franchir un portail s’ouvrant sur une allée rectiligne de quatre cents mètres bordée d’arbres. En léger contrebas, une grande bâtisse se présente, avec un grand perron bordant la façade, elle-même flanquée de deux ailes. Je savoure déjà les bienfaits d’une bonne douche car, si j’ai pu me laver la veille, mes protections ne sentent pas la rose. Si l’on ajoute à cela la transpiration du trajet, des vêtements que je n’ai pas eu le temps de laver et la tête que donnent les kilomètres parcourus, le pèlerin n’est pas loin du clochard ou, au mieux, du vagabond. L’accueil par le couple qui loge là se fait donc sur le perron, puis le mari m’explique que ses gîtes sont loués. Comme j’ai indiqué qu’un bout de terrain plat me suffisait, il m’emmène près d’une serre et d’une roseraie. Ce sont de vraies roses, desquelles émane un parfum subtil. Je me retrouve olfactivement chez ma grand-mère, il y a soixante ans, ou, beaucoup plus récemment, dans le jardin de la Mission de France, à Pontigny. Il est plus que temps de monter la tente, la nuit tombe.
Pierre FRANÇOIS