Livres : « Touche pas à mon corps, l’aimer de tout son cœur », par Joël Pralong aux éditions Cabédita.

Idéalisme.

« Touche pas à mon corps » est un livre bien théorique en matière d’éducation affective. Divisé en deux parties inégales, il commence par faire la part belle à la théologie du corps développée par Jean-Paul II avant d’introduire une réflexion un peu plus pratique (bien que très générale) à partir des attitudes pastorales de François.

Ce livre d’une petite centaine de pages se présente en fait comme une suite de fiches illustrées suivant une progression tout à fait bien pensée. Les auteurs cités sont incontestables, de l’Évangile au Père Sonet en passant par saint Augustin, Maurice Zundel, Pierre Debergé ou Adolphe Gesché, pour ne citer qu’eux.

On regrette simplement que l’aspect sans doute le plus concret de la vie – l’union affective et sexuelle – soit présentée sous un jour théorique (d’éros à agapè en passant par philia, mais sans évoquer pornoia*, pourtant cité par saint Paul dans sa première épître aux Corinthiens). En lisant la partie la plus longue de ce livre, on a l’impression d’être plongé dans un monde aussi idéal qu’irréel. Rien n’est dit de la souffrance engendrée par les séparations et de la façon dont le fait de coucher peut parfois, sans tromper la personne en face qui peut éventuellement se trouver dans les mêmes dispositions, être une façon de se sentir vivant et ainsi d’échapper à la tentation de la mort.

Reconnaissons toutefois que ce livre pose une bonne question : et si au lieu de chercher à savoir qui je suis, je cherchais à savoir pour qui je suis ? Qu’il cite 1 Jn 3, 19-20 : devant lui, nous apaiserons notre cœur, car si notre cœur nous accuse, Dieu est plus grand que notre cœur et il discerne tout. Et qu’au chapitre intitulé « accompagner les parents d’un enfant homo » (mais pas l’enfant qui se découvre tel?) on peut lire la phrase : « Certes, le phénomène de l’homosexualité ne trouve pas sa place dans la « théologie du corps », mais la personne est plus grande que l’idéal théologique ! ». De même, dans un des deux sur l’avortement, il est précisé que « l’Église ne s’est jamais prononcée formellement sur le moment précis de la création de l’âme humaine dans l’embryon »**. Dans ces deux cas, l’auteur rappelle « les quatre clefs de François pour accompagner » : l’accueil, l’accompagnement, le discernement et l’intégration. Mais, on le voit, on reste ici dans un registre général et relativement théorique qui ne correspond pas au contexte violent de vie dans lequel nous vivons, jeunes comme adultes, aujourd’hui. En quoi ce livre peut-il donc être utile ? Qui pourra en tirer profit, à part des personnes vivant en permanence dans un milieu protégé ?

Pierre FRANÇOIS

« Touche pas à mon corps, l’aimer de tout son cœur », par Joël Pralong. Éditions Cabédita. ISBN : 978-2-88295-867-9. 97 pages. https://www.cabedita.ch/index.php

*pour être complètement honnête, la pornographie est citée en fin d’ouvrage pour être condamnée, mais sans évoquer parmi ses causes possibles une éducation sexuelle défaillante de la part des parents.

**En fait, elle a fluctué entre les positions de saint Basile (l’âme est unie au corps à la conception), saint Thomas d’Aquin (l’âme est unie au corps à la moitié de la grossesse, entérinée par le concile de Vienne en 1312) et celle de saint Augustin (l’âme est unie au corps à la première respiration). De 1588 à 1591, le pape Sixte-Quint (bulle « Effraenantum ») se rallie à saint Basile (et ajoute que les adultères méritent la pendaison). En 1591, Grégoire XIV choisit saint Thomas d’Aquin. En 1869, Pie IX revient à la conception de saint Basile, qui est confirmée par Paul VI dans « Humanae vitae ». Cf. https://www.gallican.org/avortmen.htm

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