Musique : le trio Bab Assalam en concert à l’Institut du monde arabe le 19 octobre.

Transe pacifique.

C’est la double histoire d’une rencontre et d’un drame. D’une rencontre entre un musicien habitué à jouer un répertoire baroque avec des musiciens syriens en 2005. Et du drame d’avoir donné leur dernier concert sur place en 2010 dans la salle du trône de la citadelle d’Alep sans se douter qu’elle allait être incessamment détruite par la guerre.

C’est ce dernier événement qui a renforcé l’unité de ce groupe de musiciens. Mais, au-delà de l’anecdote fondatrice, qu’est ce qui a attiré Raphaël Vuillard vers la musique soufie au point de créer le trio Bab Assalam – c’est-à-dire la porte de la paix – avec l’oudiste Khaled Aljaramani et son frère Mohanad aux percussions ? D’emblée, une réponse fuse : la transe, ou plutôt la façon dont cette mélodie y mène, et accessoirement à une forme de spiritualité. Car si l’existence des derviches tourneurs appartient désormais à un passé qu’il est inutile de convoquer, la pulsation induite par ces improvisations au départ lentes, mais dont le rythme est de plus en plus rapide, possède une force qui a séduit Raphaël Vuillard. Ne nous y trompons pas cependant : la musique ancienne occidentale était également capable de rythme si endiablés qu’ils pouvaient rendre fou, tel le rondeau ou la tarentelle.

Le thème qui s’imposait pour le premier spectacle après ce concert auquel avaient été invités des derviches, était celui de l’exil. Mais toujours présenté de façon positive, à l’exemple de la vie de Ziryab qui, chassé des cours de Bagdad puis de Kairouan, débarque au 9e siècle en Espagne et y devient un fondateur de la musique arabo-andalouse.

Le second a été centré sur l’emprunt de la culture occidentale à l’orientale, avec les fables de La Fontaine qui s’inspirent de textes qui circulaient déjà dans le Proche-Orient.

Enfin, le troisième et actuel se caractérise par un retour à la musique en tant que telle et à la façon dont elle sait inviter un comédien à participer à son art. Les comédiens sollicitent régulièrement des musiciens pour compléter leur travail sur scène, pourquoi l’inverse n’existerait-il pas ? C’est ainsi que Sylvain Julien, un circassien maître incontesté du cerceau, vient remplacer la danse des derviches dans un numéro à la fois créatif et évocateur. En effet, le mouvement du derviche tournant sur lui-même est juste remplacé par celui du cerceau tournant autour du comédien. On est ici désormais dans une libre mais respectueuse interprétation de l’art soufi.

Ce spectacle, qui se donnera le 19 octobre à l’Institut du Monde Arabe dans le cadre des Arabofolies est appelé à poursuivre sa tournée. Au fur et à mesure que les dates sont prévues, elles sont reportées sur le site du groupe.

Pierre FRANÇOIS

Photo : Valentine Brune.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *