Livres : « La Calanque de l’aviateur », d’Annabelle Combes aux éditions Héloïse d’Ormesson.

Magique.

« La Calanque de l’aviateur » fait partie de ces livres dont on sait vite qu’on va les garder. Les chérir, même. Il parle à la fois des brumes de deux consciences qui se libèrent et de l’immensité qu’un horizon maritime offre aux imaginations. Aux projets, aussi. C’est un livre initiatique, mystérieux et pudique, qui raconte comment un frère et une sœur trouvent la trace qui est la leur, au-delà des blessures, des dérives, d’une famille où rien ne devait être dit. Surtout en matière de sentiment.

Les phrases sont courtes, les dialogues mélangés au texte, comme si à chaque page l’auteur avait raboté tout ce qui n’était pas essentiel à ce moment du récit. Le résultat ? Une ambiance pacifiée par delà la souffrance. Une identification aux émotions des protagonistes facilitée. Une avalanche de délicatesse dans l’expression des sentiments amicaux ou amoureux, toujours bienveillants.

Une discrète mais permanente dimension spirituelle habite ce livre : on parle juste de « voix » avec un v majuscule et jamais de Providence alors que l’enchaînement des événements… Autre fil rouge du récit : comment un mort, Hugo, fait accoucher la vie.

De temps en temps, un passage en vers libres et police grasse, comme une respiration. Comme l’événement vu d’un autre point de vue, plus intérieur encore.

Ce livre est bien plus qu’un crypto-commentaire composé littéraire de « Madame Bovary ». Il parsème son récit de petits cailloux blancs. Sur le fait qu’à chacun est destiné une phrase d’un livre et qu’il nous revient de partir en exploration pour trouver la nôtre. Sur l’anormalité fondatrice dans un monde qui refuse l’originalité. Sur la nécessité d’apprivoiser l’attente. Sur ce que c’est que d’être « brillante ». Sur le silence qui « fait réfléchir les gens, il les rend intelligents ». Sur… chaque page ou presque.

De temps en temps, aussi, une phrase qui est toute une ambiance à elle seule : « le silence entre eux était lumineux » ou « lorsqu’elle ouvre la porte, le vent s’engouffre, il propulse le souffle de l’histoire », par exemple.

Au-delà de tout ce qu’on peut en dire, ce livre est essentiellement un hymne à la valeur du silence et de la solitude, à la façon dont chacun nous réparons les âmes des autres et dont autrui se charge de nous guider vers notre destinée. Il est réellement précieux*.

Pierre FRANÇOIS

« La Calanque de l’aviateur », d’Annabelle Combes aux éditions Héloïse d’Ormesson. 384 pages, 19,50 €, ISBN : 978-2-35087-543-9

* Assez étrangement, il est la parfaite prolongation de la pièce « Tant qu’il y aura des coquelicots », qui se donne en ce moment au théâtre Essaïon.

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