Théâtre : « Mon Lou », adaptation des « Lettres à Lou » et « Poèmes à Lou » d’Apollinaire au Lucernaire, à Paris.

Amour enflammé.
Qui donc était Lou ?
Pour André Rouveyre, peintre et dessinateur de presse qui les connaissait tous les deux (mais était plutôt ami d'Apollinaire que de Lou, alias Geneviève Marguerite Marie-Louise de Pillot de Coligny, dite Louise de Coligny-Châtillon), elle était « spirituelle, dégagée, frivole, impétueuse, puérile, sensible, insaisissable, énervée, un peu éperdue en somme… prodigue à la fois et avare de soi, imprudente et osée, et plutôt d'ailleurs pour la frime que pour l'enjeu ». 
Pour Apollinaire, une passion qui dura de septembre 1914 à leur rupture en février 1915, mais il ne cessa de lui écrire qu’en janvier 1916 . Soit après que Marie Laurencin ait rejeté ses avances deux ans plus tôt, presque en même temps qu’il rencontre Madeleine Pagès (le 2 janvier 1915) et entame une correspondance avec elle (d’avril 1915 à novembre 1916) avant de lui demander sa main (le 10 août 1915, avant d’être blessé par un obus), mais c’est finalement avec Amélia Emma Louise Kolb, dite Jacqueline, qu’il se marie le 2 mai 1918 avant de mourir de la grippe espagnole le 9 novembre de la même année. C’est elle qui mettra des obstacles incessants à la publication des Lettres à Lou de sorte que leur édition intégrale n’a pu être réalisée qu’en 1969, après que tous les protagonistes auront passé l’arme à gauche.
Le spectacle « Mon Lou » donne à voir une très belle interprétation des deux protagonistes de cette passion. Par une seule comédienne. Lors de la lecture de la première lettre, le ton émerveillé qui est le sien s’applique autant à l’amoureux fou qui écrit qu’à celle qui découvre sa prose. Elle exprime des émotions riches, parfois méditatives en même temps que passionnées. L’érotisme (n’étant sa facette parfois perverse) poétique est de toute beauté. Puis elle devient Apollinaire et donne à entendre une nature un peu moins délicate dans la mesure où il s’exprime sur toutes les réalités de sa vie, on découvre alors, par exemple, sa vision patriotique de la vie des tranchées. La langue, de merveilleuse, devient alors également étonnante, une langue qui s’exprime avec la même pureté, la même passion, la même poésie.
C’est donc tout à fait à fait à raison que ce spectacle est sous titré « théâtre poétique », on ne cesse jamais de l’éprouver, que ce soit par l’écoute ou la vue. À cet égard, il faut saluer la mise en scène et les éclairages qui ont su se mettre totalement au service de cet angle, y compris lorsque est utilisé un cyclo pour quelques projections très bien dosées.
Pierre FRANCOIS
« Mon Lou », adaptation des Lettres à Lou et Poèmes à Lou d’Apollinaire. Avec Moana Ferré. Mise en scène : Christian Pageault. Du mardi au samedi à 19 heures jusqu’au 23 juin au Lucernaire, 53, rue Notre-Dame des champs, 75006 Paris, tél. 01 45 44 57 34, www.lucernaire.fr

Photo : Pierre Francois.

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