Théâtre : « La Dame de la mer », d’Ibsen, au Théâtre du Nord-Ouest à Paris.

Entre fascination et beauté, par Clara.
Le théâtre du Nord-Ouest présente sur scène les œuvres théâtrales d'Henrik Ibsen pour notre grand bonheur. « La dame de la mer » raconte l'histoire d'une femme atteinte d'une mystérieuse mélancolie, laquelle se manifeste par un attrait irrésistible pour la mer.
On comprend petit à petit ce qui broie cette femme jusqu'à la folie. Ellida est la seconde femme du docteur Wanger, qui peine à trouver sa place entre les deux filles – à l'aube de l'âge adulte – d’un précédent lit et le fantôme omniprésent de leur mère décédée. Cette femme est déchirée entre le souvenir d'un premier amour passé et sa vie quotidienne au côté de son mari, banal et fade, quasi insignifiant à ses yeux. Dualité que l'on retrouve à plusieurs stades de sa psychologie complexe puisqu'elle n'assume pas ses désirs sexuels.
Leur mariage est donc initialement présenté comme un arrangement social et financier plutôt que la véritable union de deux personnes complémentaires qui se soutiennent et prennent soin l'une de l'autre.
Le mari, médecin de sa femme, se pose d'abord comme un homme joyeux et insouciant dont la souffrance  et l'inquiétude ne font que croître au fur et à mesure que l'intrigue avance. Son caractère se transforme petit à petit, avec le cheminement torturé des sentiments vers la maturité.
Les personnages secondaires offrent également plusieurs fils narratifs également riches en émotions. On note les hésitations des deux adolescentes qui s'éveillent à l'amour, chacune pour des raisons différentes. La plus jeune s'entiche de Lynstrand, malade ignorant la gravité de son état et qui, médiocre, se rêve artiste. Son personnage est à la fois mesquin, petit et touchant de naïveté. Il ne souhaite se marier que pour bénéficier d’une muse qui reste dans on ombre et gère la vie quotidienne à sa place. L'aînée hésite entre un mariage d'amour et un mariage de raison, menée par son envie de quitter la petite ville provinciale dans laquelle elle étouffe, désirant parcourir le monde en étant libre.
Ellida ne devient véritablement femme, adulte et responsable, que lorsqu'elle accepte de confronter son fantasme à la réalité et fait librement son choix de vie.
De très bons acteurs pour une mise en scène épurée en font un ensemble particulièrement harmonieux qui explore la psychologie féminine mais également la difficulté de trouver sa place, en tant que femme, dans la société bourgeoise du 19e siècle. « La dame de la mer » est donc une pièce réellement riche, qui pose de nombreuses questions sur la place des femmes dans la société, le déchirement des sentiments et la nécessité d'assumer ses choix et ses désirs. Présenté ici dans une mise en scène élégante, ce texte qui traite essentiellement de l’enfermement, de l'amour et de la liberté des femmes est aujourd'hui d'une réelle d'actualité.
Clara
« La Dame de la mer », d'H. Ibsen. Avec Arevik Martirossian, Olivier Bruaux… Adaptation et mise en scène : Bernard Starck. Au Théâtre du Nord-Ouest, 13, rue du faubourg Montmartre, 75009 Paris, métro Grands-Boulevards, tél. 01 47 70 32 75.

Photo : Pierre Francois.

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