Théâtre : « Reconstitution », de Pascal Rambert au Panta théâtre de Caen puis au Théâtre de l’aquarium à Paris.

Perfection émotionnelle.
« Reconstitution » est une pièce singulière, ici magnifiquement interprétée par Véronique Dahuron et Guy Delamotte. Singulière dans la mesure où le texte au vocabulaire très riche réussit à faire preuve d'une poésie réelle là où la plupart des auteurs qui utilisent le registre charnel tombent au mieux dans le cliché. Singulière car cet hymne à l'amour est insitué : on ne sait si on est dans un rêve, dans une réalité concrète ou dans une réalité psychologique. Singulière car elle parvient à créer de l'optimisme à partir du constat d'une souffrance mortelle, celle de la séparation d'un couple.
Elle est aussi magnifiquement interprétée dans la mesure où on croit immédiatement aux personnages. Où le mystère qui les entoure, au début, est plus un stimulant qu'un obstacle à leur compréhension. Où ni la passion qui anime la femme ni les manœuvre d'évitement de l'homme ne sont caricaturales. Où on n'a jamais vu autant de pudeur s'exprimer à travers un langage parfois clinique, voire une nudité qui se révèle d'une beauté émotionnelle parfaite (l'absence de beauté plastique y aide dans la mesure où le regard n'est pas distrait par l'apparence, laissant le champ entièrement libre à l'écoute du message d'amour, fût-il blessé).
Mais pourquoi ce titre de « Reconstitution » ? C'est que ce couple désormais séparé a eu besoin de revivre le moment de leur amour naissant alors que la mort vient lui rendre visite. Dit ainsi, on s'imagine qu'il s'agit d'une tragédie. Il n'en est rien. Car les instants volontaristes pour faire renaître une relation sont entrecoupés de réflexions qui signent l'humanité des protagonistes, et qui prennent donc une connotation comique. La mélancolie – voire parfois la scène de ménage – qui les anime, même si elle laisse apparaître des blessures qui n'ont jamais été cicatrisées, constitue plus un ciment qui permet de poursuivre la démarche qu'un obstacle au dialogue. Et une ouverture sur l'avenir. Car il s'agit, comme le dit la femme (qui a le rôle principal), de « défaire les nœuds pour arriver… à la réconciliation » dans la mesure où elle ne veut « plus être un corps rempli de larmes qui fait semblant de vivre ». Alors, certes, cette pièce n'est pas un divertissement gai, mais elle nous offre une tendresse infinie qui touche chacun au plus profond de lui-même. C'est d'autant plus sa beauté que l'interprétation en est maîtrisée à la perfection.
Pierre FRANÇOIS
« Reconstitution », de et mis en scène par Pascal Rambert. Avec Véro Dahuron, Guy Delamotte. Jusqu’au 23 mars au Panta Théâtre, 24, rue de Bretagne, 14000 Caen, tél. : 02 31 85 15 07, www.pantatheatre.net, contact@pantatheatre.net. Puis du 9 au 23 mai du mardi au samedi à 20 heures, jeudi 20 et dimanches à 16 heures au Théâtre de l’Aquarium, Cartoucherie, route du champ de manœuvre, 75012 Paris, tél. 01 43 74 72 74, métro Château de Vincennes + navette gratuite ou bus 112, http://www.theatredelaquarium.net/Reconstitution

Photo : Pierre Francois.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>