Théâtre : « Guérisseur », de Brian Friel au Lucernaire, à Paris.

Balade irlandaise.
« Guérisseur », du « Tchekhov irlandais » Brian Friel, est présenté comme se situant « entre l’absurde et l’essentiel ». C’est cela, et pas seulement. C’est, en premier lieu, la fragilité du témoignage et du souvenir. C’est, en bonne pièce irlandaise, la rugosité de la pauvreté et de la solitude. Celle du guérisseur charlatan itinérant comme celle des malades que recourent à lui. Et si l’effet de surprise (on ne dira pas à cause de quoi) finit par s’émousser, on ne peut que reconnaître un immense talent aux interprètes, chacun tenant son rôle avec une maîtrise absolue. L’exercice est d’autant plus difficile qu’il s’agit d’un triple seul en scène. À chaque fois, on croit complètement au personnage et on entre en empathie avec lui. Celui de la femme est particulièrement vivant, son homme – Xavier Gallais – est déjà au-delà, dans la solitude alcoolique. Quant à l’impresario, il porte en lui l’énigme de celui qui a tout parié sur un artiste somme toute raté. Ce trio de pauvres hères nous touche au plus profond dans la mesure où chacun parvient à transmettre ce qui l’anime de l’intérieur.
Pierre FRANÇOIS
« Guérisseur », de Brian Friel, trad. Alain Delahaye. Avec Xavier Gallais ou Thomas Durand, Bérangère Gallot, Hervé Jouval. Du mardi au samedi à 19 heures jusqu’au 14 avril au Lucernaire, 53, rue Notre-Dame-des-champs, 75006 Paris, tél. 01 43 44 57 34, www.lucernaire.fr

Photo : Pierre Francois.

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