Théâtre : « Don Quichotte », de Cervantès au Théâtre 13, à Paris.

Délire réussi.
Le « Don Quichotte » qui s'est donné à Grignan durant tout l'été avant d'arriver à Paris constitue un délire parfaitement cohérent.
Un délire, c'est certain : sur une scène représentant un plateau de tournage, un Don Quichotte en cotte de maille et un Sancho Panza en tricot de corps sont assis à une table en train de débattre avec le public au sujet du choix de la pièce. Dans quel espace de réalité se situe-t-on – rêve éveillé ou pas, vrai débat ? – on ne le sait pas. Mais on rit, tant les questions réponses sont caricaturales d'une certaine réalité, celle de ceux qui utilisent la culture pour se donner un genre savant. Et ce n'est là que la première scène de la pièce qui dure on ne sait combien de temps dans la mesure où on est pris par le rythme et l'inventivité de la mise en scène…
Cohérent, et c'est là le point le plus réussi. Il est facile d'émailler une pièce de saillies ou de la faire tourner en eau de boudin à force de dérapages de moins en moins contrôlés. Mais partir en vrille et contrôler si bien la figure qu'on en épate la galerie et évite de percuter la planète n'est pas à la portée du premier venu. C'est ce que réussit ici Jérémie Le Louët, à la fois adaptateur et metteur en scène.
On croit immédiatement à chacun des personnages et on reste confondu devant l'exactitude du jeu du personnage féminin, à la fois récitante et ensemble des femmes de la pièce, y compris de l'épouse d'un comte qui invite Don Quichotte à dîner pour s'amuser de lui tout en lui conseillant de redescendre sur terre.
Les ouvertures de Rossini soulignent bien le côté brillant mais artificiel du monde dans lequel vit Don Quichotte. Il y a un mélange permanent entre les personnages en tant que tels et les comédiens qui les incarnent, jusqu'au dialogue entre les deux parfois, quand l'un ne commente pas ce que fait l'autre. La mise en scène joue aussi avec le genre burlesque ou les bruitages variés.
Les projections de vidéo sont bien dosées, elles renforcent l'humanité du spectacle au lieu de la tuer.
Ce spectacle convient parfaitement à qui apprécie les dérapages qui savent flirter avec le vulgaire sans y tomber, les mondes dans lesquels l'onirisme – avoué ou non – prend le pas sur le réalisme. Ceux qui voudraient retrouver la pureté du texte de Cervantès risquent par contre d'être déçus : le dossier de presse stipule bien qu'il s'agit d'une adaptation et ce n'est pas pour rien.
Pierre FRANÇOIS
« Don Quichotte », de Cervantès. Adaptation et mise en scène : Jérémie Le Louët. Avec Julien Buchy, Anthony Courret, Jonathan Frajenberg, Jérémie Le Louët, David Maison, Dominique Massat. Vidéo : Thomas Chrétien, Simon Denis, Jérémie Le Louët. Lumière : Thomas Chrétien. Son : Simon Denis.
Du 8 septembre au 9 octobre au Théâtre 13 / Seine, 30, rue du Chevaleret, 75013 Paris, tél. 01 45 88 62 22, http://www.theatre13.com

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