Théâtre musical : « Romance Sauvage » au Lucernaire, à Paris.

Instincts amoureux.
« Romance sauvage » est d'abord… un regard. Celui, expressif et doux, d'une femme innocente (au sens étymologique) mais pas si fragile que cela. Tandis que son compagnon – mais vont-ils finir par se marier ? – sert le texte – fin et décalé – avec un brio remarquable, elle attend plus qu'elle ne subit. C'est qu'elle est réveillée, elle, et les masques, il y a longtemps qu'elle les a laissé tomber. D'ailleurs quand elle tente d'en remettre un, c'est l'échec. En face, lui (un animal « appelé humain » qui cherche « le paradis perdu ») n'a pas encore compris qu'elle ne lui demande pas de jouer au mâle fort et assuré (à défaut d'être rassurant) ; alors il piétine dans le rôle qu'il s'est imposé sans voir que le costume qu'il a décidé d'enfiler craque de toutes ses coutures !
« Romance sauvage », c'est cela, une histoire de fous et de couple qui nous ressemble à tous. Qui nous fait immanquablement rire de bon cœur. Qui est ponctuée d'autant de musiques – qui sont aussi sauvages et débridées que les sentiments exprimés – que de bons mots qui frisent le niveau d'un Raymond Devos.
« Romance sauvage », c'est l'orgueil du mâle (« -Pas du tout, je réfléchis et toi, tu te réfléchis en moi ») et la patience tranquille de celle qui attend que l'orage passe. C'est une tendresse qui n'arrive pas à se dire et l'accouchement impossible d'une décision. C'est humain jusqu'au bout de notre indicible clownerie face à la vie. C'est la fragilité de l'innocence mariée à celle de l'égoïsme.
« Romance sauvage », c'est une heure ou une heure et quart, on ne sait plus, qu'on ne voit pas passer tant on est embarqué dans le délire de ces deux qui sans doute ne sortiront jamais de leurs doutes métaphysiques sur la nature de l'amour et la sincérité de leurs sentiments.
« Romance sauvage », c'est une jouissance pour les oreilles et l'intellect. Comment ne pas savourer des jeux de mots qui se font même à rebours (« c'est logique : mort, faux.. »). Comment ne pas saluer le fait d'avoir réussi à placer dans un spectacle moderne, comique et musical une réplique de « Hamlet » ? Ou celui de réussir à faire rire de la spiritualité sans la rendre ridicule ? Comment ne pas être sensible à la poésie loufoque d'un voyage de noce dans les eaux turquoise… d'une baignoire ?
« Romance sauvage », c'est, techniquement, un spectacle qui est synchronisé au quart de seconde près du début jusqu'à la fin, une partition précise qui concerne tant les mouvements musicaux que physiques, les répliques que les commentaires sur le jeu.
« Romance sauvage », ce sont des éclairages qui sont aussi rythmés que la musique et aussi nuancés que la tendresse qui habite le spectacle.
« Romance sauvage », c'est… mais allez-y donc !
Pierre FRANÇOIS
« Romance Sauvage », de Pierre Lericq. Avec Manon Andersen et Pierre Lericq. Direction d'acteur : Sylvain Jailloux. Jusqu'au 15 mai au Lucernaire, 53, rue Notre-Dame-des-champs, 75006 Paris, métro Notre-Dame-des-champs, tél. : 01 45 44 57 34, www.lucernaire.fr

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