Théâtre : « Opus cœur », d’Israël Horowitz au Théâtre du petit Hébertot, à Paris.

Fausse banalité
Le seul tort d'« Opus cœur », d'Israël Horowitz, est d'annoncer sa conclusion dès la scène d'exposition. Du coup, si on savoure la manière, on ne peut jouir d'aucun suspens, ce qui est sans doute à l'origine du sentiment de longueur qu'on a vers la fin de la pièce.
Cette seule réserve mise à part, on a sur scène deux interprètes – Marcel Maréchal, qui a remplacé Jean-Claude Bouillon au pied levé, et Nathalie Newman – qui font partie de cette catégorie rare des comédiens qui projettent toute la psychologie de leur personnage dès la première seconde de leur entrée en scène !
C'est un plaisir supplémentaire de constater que la pièce est servie de façon équilibrée par les deux protagonistes. Protagonistes, car on ne peut pas dire qu'ils s'apprécient réciproquement, du moins au début. On suit donc avec d'autant plus d'intérêt l'évolution des personnages, de l'indifférence à l'estime en passant par la défiance. Le processus est plus visible chez la garde-malade que chez son vieux pensionnaire, renfrogné et sournois.
On la voit changer de personnalité, s'affirmer de plus en plus au fur et à mesure que le temps passe. Dénouer peu à peu les nœuds qui la taraudent. C'est là que les personnages se rencontrent de façon efficace : chacun est le psychiatre de l'autre, chacun, sous la poussée, parfois violente de l'autre, va se rendre compte de ses blessures et y mettre le baume qui lui permettra de trouver la paix. Sous l'apparence d'un sujet banal, c'est un conte philosophique qui nous est servi et qui aborde des sujets aussi divers que la motivation pour la compétition, l'enfermement dans le sentiment d'échec, la seconde chance, la conversion du regard sur l'autre. On y croit complètement tant la psychologie des deux personnages est fouillée et clairement mise à nu en même temps.
Pierre FRANÇOIS
« Opus cœur », d'Israël Horowitz, adapté par Attica Guedj et Stephan Meldegg. Avec Marcel Maréchal et Nathalie Newman. Mise en scène : Caroline Darnay. Du mercredi au samedi à 21 heures, dimanche à 15 heures au Théâtre du petit Hébertot, 78 bis, boulevard des Batignolles, 75017 Paris, tél. : 01 42 93 13 04, http://petithebertot.com/.

Photo : Michel-Cabrera/Projet Projo Photo.

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