« Les Élans ne sont pas toujours des animaux faciles » au Théâtre Michel de Paris.

Joyeusement loufoque. « Les Élans ne sont pas toujours des animaux faciles » fait penser, quant au procédé, au dernier spectacle des « Cinq de cœur ». Mais la parenté s'arrête là tant le style est différent. Ici, la loufoquerie est reine ! On commence par assister à un entretien à trois dans lequel chaque interlocuteur interrompt systématiquement l'autre au bout de quelques secondes. On comprend vite qu'ils se racontent pour la deux ou troisième fois une histoire qui les a tellement étonnés qu'ils éprouvent le besoin d'en parler encore. Nous, on n'y comprend rien, mais on est déjà en transe tant le filigrane humoristique du suspense est visible. Quelques mots de leur logorrhée hachée ont l'air important : Paul est triste, il est assis à la porte du premier protagoniste, il sanglote, il est mort, c'est l'automne… Le voile se lève lorsque les trois compères entonnent – avec force bi-ba-bidou-oua – « les sanglots longs des violons de l'automne bercent mon cœur d'une langueur monotone ». C'était tout simple : Paul Verlaine est apparu à l'un des trois compère et à l'annonce de cette nouvelle un autre se précipite pour aller chercher Rimbaud. Cela peut paraître un peu farfelu aux esprits rationnels, mais il s'agit du récit le plus sage de la pièce. Les tableaux se succèdent, un lien logique les relie souvent (l'ex d'un des complices qui est en pleine dépression, et il s'en réjouit ; puis la même à qui tout réussit, et il ne veut pas en entendre parler, par exemple). Ce qui est commun à tous est cette façon de parler avec un naturel désarmant – comme on évoque la vie quotidienne – de situations aussi surprenantes qu'impossibles. On n'est certes pas dans le jeu de mots spirituel et érudit comme on pouvait en trouver dans « Déshabillez mots » (quoique, parfois…), mais on reste toujours dans le domaine de l'humour de qualité. Chacune de ces évocations est illustrée par un moment chanté et l'alternance des dialogues et des musiques contribue au fait qu'on ne voit pas le temps passer. Cette pièce est à recommander vivement à tous, à ceux qui aiment les récits déjantés (qui s'y amuseront follement), comme aux rationnels (qui découvriront avec un étonnement amusé l'existence d'un autre monde qui pastiche leur façon de raisonner).
Pierre FRANÇOIS
« Les Élans ne sont pas toujours des animaux faciles », de Frédéric Rose et Vincent Jaspard. Théâtre musical adapté et mis en scène par Laurent Serrano. Avec : Emmanuel Quatra, Benoît Urbain, Pascal Neyron. Musique : Benoît Urbain. Du mardi au samedi à 21 h 00, matinée le samedi à 16 h 30 au Théâtre Michel, 38, rue des Mathurins, 75008 Paris, tél. : 01 42 65 35 02. Jusqu'au 20 mars, http://www.theatre-michel.fr/.

Photo : Franck Harscouet.

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