Théâtre : Lettres à un jeune poète à la Crypte du martyrium de saint-Denis

Depuis combien de temps Zygmunt Blazynsky donne-t-il les « Lettres à un jeune poète » ? Des années, sûrement. Car, avec le temps, l’interprétation de la poésie est devenu sa spécialité. Il fait même parfois partie des premiers à reconnaître un talent… et à savoir le livrer au public. Rilke, Verlaine, Baudelaire et Rimbaud sont sans doute les auteurs les moins originaux qu’il interprète. Pour le reste de Milosz à Michel Ange en passant par Lagervist ou Dickinson, on se demande quel est le poète qu’il n’a pas fait découvrir au grand public !

La constante qui les relie tous est – mais n’est-ce pas la nature même de la poésie ? – d’être inspirés par les grands textes sacrés et le sens de la transcendance. Quelle que soit la tradition religieuse et quand bien même cette recherche aboutirait, comme chez Rilke, à l’affirmation que le divin n’est pas extérieur mais intime à celui qui le cherche. Et si depuis vingt ans son lieu de prédilection reste la crypte du martyrium de saint Denis, il se produit régulièrement à l’Entrepôt et à l’occasion dans les églises de Paris.

Les « Lettres à un jeune poète » sont actuellement reprises les samedis à 20 h 30 et dimanches à 16 h 30 jusqu’au 23 février.

Le comédien pose sur ce qui figure le bureau du poète un paquet d’enveloppes. Il ouvre la première et en commence la lecture comme s’il était Franz Kappus mais, très rapidement, c’est la passion de l’écrivain qui s’exprime par sa voix. S’il est vrai que les transitions et le début de chacune sont prévisibles dans la mesure où le jeu est le même à chaque fois, cela importe peu dans la mesure où Zygmunt Blazynsky parvient, de sa voix grave et claire qui résonne doucement, à transmettre au public la conviction qui habite le poète. On est heureux de communier à cette méditation forte sur les sujets éternels que sont la solitude, la femme, la création artistique, la construction de soi, l’accomplissement intérieur, Dieu…

Certaines formules sont de véritables leçons de philosophie. Deux méritent sans doute plus réflexion : « l’avenir est fixe, cher monsieur Kappus, c’est nous qui sommes toujours en mouvement dans l’espace infini » et « la vie a toujours raison ». En attendant d’entendre, dès avril, les maximes tout aussi puissantes que recèle le journal de Kafka.

 Pierre François

« Les Lettres à un jeune poète », de Rainer Maria Rilke. Par Zygmunt Blazynsky. Crypte du martyrium de saint Denis, 11, rue Yvonne Le Tac, 75018 Paris, métro Abbesses, Anvers, tél. : 01 42 23 48 94.

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