Théâtre : L’Annonce faite à Marie à Marseille

Ivan Romeuf crée au Théâtre de Lenche, à Marseille, «   L’Annonce faite à Marie   » de Claudel du 3 au 25 décembre avant de partir en tournée en Algérie, pays qu’il pratique avec bonheur depuis six ans. Et il sait déjà qu’il n’aura pas plus de difficulté à y jouer cette pièce que s’il arrivait avec «   La Mouette   » de Tchekhov. La question de l’intégrisme y est si peu présente dans la vie quotidienne qu’il y montera aussi, avec des comédiens algériens, une pièce dont l’action se situe sur place durant les années de terrorisme.
Comment se présente son «   Annonce faite à Marie   »   ? Sous-tendue par un esprit de tolérance extrême, son travail de mise en scène se décompose en plusieurs étapes. Il s’agit pour lui d’analyser les moments et situations, puis de comprendre l’auteur, enfin de revenir aux stades précédents autant de fois qu’il le faut pour arriver à l’équilibre entre la pensée de l’auteur et son interprétation la plus juste. Ce travail, il le fait en harmonie et dialogue avec ses comédiens, il s’agit là d’un fait d’évidence.
Ce qui a été vu est un «   filage technique   », lorsqu’on reprend chaque partie de l’œuvre autant de fois qu’il le faut jusqu’à trouver le ton juste, au moment où il s’agissait de répondre à la question de savoir comment faire pour respecter la poésie de Claudel, son écriture, son rythme, sa ponctuation. Et avec la conscience que la scène qui était en cours de travail – le Prologue – était celle dans laquelle Claudel avait déjà tout mis: la relation entre Mara et Violaine ainsi que la résurrection de l’enfant, le doute qui taraude les personnages, lesquels ne peuvent avancer que grâce à un effort de volonté, l’idée que c’est l’amour qui en synergie avec cette dernière peut sauver.
Ivan Romeuf explique que c’est parce que Mara refuse de croire à la mort que l’enfant ressuscite – faisant au passage remarquer qu’on est ici dans une vision merveilleuse et magique de la foi – et que, parallèlement, la mort de Violaine est le dépouillement de son apparence de malade pour retrouver sa splendeur originelle en même temps qu’elle s’éloigne et s’élève. Au sujet du couple de Mara et Jacques, il le compare théâtralement parlant à celui de Dandin et Angélique   : chacun vit sur une planète étrangère à l’autre, seuls des malentendus sont possibles, ils n’ont rien en commun, Jacques s’étant laissé séduire par le pouvoir et le matérialisme alors qu’il a pourtant la réalité de la résurrection sous les yeux à chaque printemps… Tout cet ensemble est traduit jusque dans les costumes   : clairs au début, ils deviennent de plus en plus sombres sauf pour Violaine qui se dépouille peu à peu de ses voiles de coton. Enfin, il apparaît à Ivan Romeuf que dans cette pièce Claudel a imaginé la mère dont il a rêvé. Cette création – précédée d’une répétition générale publique pour les habitants du quartier la veille – sera sera donnée du 3 au 25 décembre et on est déjà séduit par un fait qui, pas si fréquent que cela, est néanmoins gage d’une qualité de travail   : l’harmonie qui règne entre les différents membres de la troupe.
Pierre François
«   L’Annonce faite à Marie   », de Paul Claudel. Avec Antoine Amblard, Mikaëlle Fratissier, Luciel Oza, Ivan Romeuf, Marie-Line Rossetti, Pascal Rozand, Maurice Vinçon. Mise en scène   : Ivan Romeuf. Au Théâtre de Lenche, 4, Place de Lenche, dans le quartier du Panier à Marseille. Tél.   : 04 91 91 52 22. www.theatredelenche.info

Photo : Pierre François

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