Un symbole.
La Catho est bloquée depuis le 8 octobre au matin. À dix heures, la rue était pleine d’étudiants et de pancartes, au point que certains participants firent déplacer la foule pour laisser passer un camion. Dont le chauffeur, klaxonnant et ayant enfilé son gilet jaune, était acclamé par ceux-là.
Interrogées, deux jeunes filles de vingt ans en double licence d’Histoire et de Science politique expliquent que les syndicats étant interdits à la Catho, ce sont des connaissances qui les ont invitées à rejoindre une boucle WhatsApp dans laquelle les organisateurs donnent des instructions. Pas d’AG ni de vote par conséquent, mais des consignes précises dont la première et, expliquent-elles, la plus importante, est de rester pacifique, de ne rien casser et de faire preuve de respect. Cela n’empêche pas deux garçons, encapuchonnés et portant un masque noir, de s’inviter dans l’interview sans connaître aucune des personnes s’exprimant, pour tenter de contrôler la parole.
Ces étudiantes disent par ailleurs avoir conscience de se savoir privilégiées, mais aussi de devoir marquer leur solidarité avec les lycéens qui subissent des violences. De fait, le mot qui est régulièrement scandé, telle une rengaine, est « ACAB ».
Pour le reste, il a été fait appel à des syndicats classiques pour s’organiser. On a ainsi pu constater une floraison de cartons et de slogans, tels que : « Privilégiés.es mais solidaires », « 1312 [traduction en chiffres d’ACAB] allô Père Noël », « trop jeune pour être écouté, assez grand pour se faire tabasser », « Emploi du temps + rempli que le casier de Marine », « L’État nous pisse dessus, les médias disent qu’il pleut », « Macron baise ta prof pas les nôtres », « Promesse républicaine non tenue étudiant.e.s dans la rue », « Camarade bourgeois révolte toi », « Votez pas pour les fachos la France va plonger sous marine », « La jeunesse fâchée pas facho », « Gazez les violeurs pas les mineurs », « La catho engagée ». Quand on connaît la réputation de l’Institut catholique de Paris, ces dernières formules politiques surprennent. Et en disent long sur l’état d’esprit de la jeunesse dont les parents ont assez d’argent pour la faire étudier dans un établissement privé.
Selon ces deux étudiantes interrogées, la réaction de la direction a été d’envoyer un courriel indiquant que le site est bloqué.
L’Institut, contacté, n’aborde pas ce dernier point, mais explique, au sujet du syndicalisme étudiant, que « L’ICP n’a jamais eu de tradition syndicale dans sa culture académique » et que « l’établissement n’accueille pas de structures à teneur politique, militante ou communautaire, ce qui garantit la concorde sur nos campus ». En lieu et place, les étudiants peuvent adhérer à une quarantaine d’associations ou se faire représenter dans différentes instances académiques.
Pierre FRANÇOIS
Photos : Pierre François.



