Théâtre : Portrait de Julien Wagner, auteur, comédien, attaché de presse, journaliste.

Auteur à tout faire.
Julien Wagner est attaché de presse – à l’urbanité reconnue –, auteur, comédien et journaliste. On a déjà parlé ici de sa pièce « Odieux festin ! », dont il a intercalé la parution entre deux romans : « Gangrène, une histoire d’amour » (Souffles littéraires, 2020) et « Mathilde s’en va-t-en mer… » (autoédition, 2022). Il vient de faire paraître « Lutte de classe », qui joint à la pièce éponyme un exercice théâtral de pièce en un (court) acte : « Dégoupillés ».
Où trouve-t-il le temps de tout faire ? Son inspiration ? Quand a-t-il commencé à écrire ?
Pour cette dernière question, la réponse est immédiate : son premier roman date de ses dix ans, car il a toujours voulu « raconter des histoires ». Un second suit dix ans plus tard, mais dont il ne reste que quelques fragments. Il continue à écrire, beaucoup, mais des travaux qui restent au fond des tiroirs. Quant à l’écriture du théâtre, qu’il pratique d’une traite et en vitesse, c’est pour lui une récréation. Le comédien couche alors sur le papier les dialogues en fonction de la situation et des lieux qui se présentent dans sa tête.
Quelques sujets sont récurrents : la mort, les dysfonctionnements amicaux ou sociétaux, le temps qui passe, la parentalité…
Au sujet de la fuite du temps, justement, s’il parvient à mener toutes ces activités – journaliste et comédien depuis 20 ans, attaché de presse depuis sept ans, auteur depuis toujours – de front, c’est parce qu’aux dires de ses amis, il travaille vite. L’écriture d’une pièce lui prend une semaine. Celle d’un article ne commence que quand les mots et l’articulation des paragraphes sont en tête, et ne prend alors que le temps de tout mettre noir sur blanc. Par ailleurs, il parvient à fragmenter le temps.
Sa dernière pièce – Lutte de classe, donc – traite de la parentalité et elle paraît alors qu’il vient d’avoir un enfant. Mais avoir une famille n’a pas modifié son discours sur la parentalité, même s’il est conscient qu’engendrer n’est pas fait pour tout le monde. C’est peut-être ce dernier point qui traverse la réunion parents-professeur qui est le sujet de « Lutte de classe ». Quand on sait que la pièce est dédiée « à tous les parents qui font de leur mieux (ou qui devraient le faire…) », on devine déjà de quoi – sur un mode comique rappelant la chanson « Tout va très bien, madame la marquise » – il va être question.
Mettre en présence cinq couples, dont trois sont représentés par les deux parents à la fois, et une professeure en même temps que de faire régulièrement naviguer les dialogues par-dessus la tête des derniers intervenants nécessite une parfaite maîtrise de la coordination entre les dialogues et l’évolution des personnages. Comment y arrive-t-il ?
Il sait, explique-t-il, quel est le commencement, le milieu et la fin de la pièce, mais il y a entre ces moments des pointillés qui sont remplis par les personnages eux-mêmes. Car, même s’il connaît bien leur psychologie, ces derniers ont leurs réactions propres. Pour les découvrir, il se met à la place de chacun, dit la réplique qu’il pourrait formuler et guette la réaction de son destinataire. Il s’agit ensuite de vérifier si le langage sonne bien en bouche, s’agissant d’un texte destiné à être dit.
À quand la prochaine parution ? On l’ignore encore, mais on la guette déjà.
Pierre FRANÇOIS
« Lutte de classe », par L.-J. Wagner, suivi de la pièce « Dégoupillés », autoédition 2026.
Pour en savoir plus sur cet auteur : https://www.casting.fr/conseil/879-julien-wagner-journaliste-independant-et-auteur-de-sa-toute-derniere-piece-litteraire-odieux-festin-comment-sest-il-diversifie-comment-est-il-devenu-un-auteur-incontournable-il-nous-dit-tout-sur-castingfr


« Lutte de classe », la pièce.
Le spectacle met en présence des parents un peu perdus, d’abord face à une vie sociale dont ils n’interrogent pas les prescriptions, et par ricochet face à des enfants dont ils ne prennent pas le temps de se soucier plus que cela. Il y a ceux qui les collectionnent, ceux qui ne peuvent en avoir, ceux qui les surprotègent ou les exploitent, ceux qui ont recours à la gestation pour autrui. Mais tous sont remis en cause par une professeure qui cache son jeu.
Le style de la pièce est fluide et dynamique. Le rythme recèle plusieurs rebondissements, qui sont placés aux bons moments, faisant avancer l’action en même temps, parfois, qu’ils étonnent le spectateur. Chacun des protagonistes va devoir se dévoiler, au-delà du rôle social avec lequel il est entré dans cette réunion. Le dosage entre comique et tragique est équilibré, s’agissant d’un humour qui trouve sa source dans l’absurdité de nos comportements.

Photo : Pierre François.