Livres : « Pour en finir avec la culture », de Jean-Luc Jeener, aux éditions Atlande.

Récréatif.
Lire « Pour en finir avec la culture », de Jean-Luc Jeener, même si l’on a des opinions bien différentes des siennes, est une récréation. L’homme fait partie des passionnés qui ne se laissent pas emporter par leur sujet et sont capables de tenir un cap d’une logique absolue sans infliger de redites au lecteur.
Comment fait-il ? Mystère. Sans doute une partie de la réponse se trouve-t-elle dans sa culture encyclopédique. Comme pour chacun de ses ouvrages, ses cents et quelques pages sont structurées en chapitres courts – de trois à six pages – qui s’harmonisent avec des phrases percutantes et donnent au tout un rythme enlevé.
Le style est presque oral, surtout si l’on se donne la peine de lire les renvois aux notes en fin d’ouvrage, lesquelles ont la saveur d’une polémique de bon aloi. Un seul exemple : « Vacciné, vous avez droit à Molière, Racine, Shakespeare… Non vacciné à Plus belle la vie et à la télévision ! Aberrant et scandaleux (11). Et, en fin d’ouvrage, à la note 11 : « On verrait ce qu’auraient dit (et subi), nos politiques, à l’époque de la crise du sang contaminé, si on leur avait demandé d’interdire l’entrée des théâtres, des restaurants, des galeries d’art et des cinémas aux homosexuels et aux séropositifs… ».
Jean-Luc Jeener, c’est ce style-là à jet continu, enrichi de plus de cinquante ans d’expérience d’homme de théâtre. Si le fait sert son propos, il n’hésite pas à pratiquer la confession impudique de celui qui est tellement emporté par son sujet que rien ne l’arrête. Dans ce livre-ci, c’est sa réaction au suicide d’un ami (et celle de la famille de ce dernier) qu’il livre.
On dira tout ce que l’on voudra sur l’homme est ses excès – il a même tendance à en rajouter lui-même – mais il est un fait que tous les débats abordés sont pertinents et d’importance. L’artiste contemporain croit-il plus à son art ou au dieu argent ? La culture est-elle aussi vitale que l’agriculture ? La culture est-elle une connaissance ou une expérience ? Le domaine culturel produit-il de la culture ? Doit-on parler de censure ou d’autocensure chez les artistes qui travaillent en fonction de la façon supposée dont leur œuvre sera reçue ? Etc.
Pour qui est sensible à la foi, le croyant – un peu embarrassant parfois, quand il fait croire à un milieu déchristianisé que la foi catholique est ce qu’il en dit – n’est jamais loin. Évoquant la fermeture des églises lors du confinement – car ses livres sont toujours en prise directe avec l’actualité – il ne peut s’empêcher d’y faire allusion. Et même pour un sujet a priori étranger à la foi – la valeur suprême actuelle qui est désormais la santé – il ne peut s’empêcher de remarquer que bien des artistes ont créé des chefs-d’œuvre dans la souffrance ou que « Notre Seigneur a fait plus pour le monde en périssant dans les souffrances de la Croix que s’il était mort dans son lit ! ».
Une récréation, vous dit-on. Car, encore une fois, peu importent nos divergences d’opinion avec l’auteur, on salue en lui la conviction faite chair, une rigueur de pensée que l’on ne peut que saluer et une capacité inégalable à poser des questions aussi pertinentes qu’impertinentes.
Pierre FRANÇOIS
« Pour en finir avec la culture », de Jean-Luc Jeener, aux éditions Atlande, 92200 Neuilly, www.Atlande.eu. 166 pages, 12 x 18 cm, ISBN 978-2-35030-782-4.

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