Théâtre : « Homère kebab », de Benoît Lepecq au théâtre La Flèche, à Paris.

Conte philosophique réussi.
« Homère kebab » est une fable philosophique qui pourrait trouver son point de départ dans un fait réel tant la vie sociale devient absurde. Le membre d’une équipe n’a pas cédé à une illusion collective – l’inscription « Dieu est grand » inscrite dans le ciel, au laser –, il doit donc disparaître, faire le deuil de sa réussite, de sa fierté. Et c’est essentiellement de fierté dont il s’agit ici : fierté de la vedette déchue, fierté du nomade, fierté de l’homme qui refuse la pitié, fierté enfin de celui qui préfère son rêve à une réalité à portée de main (quoique…).
Ce seul en scène – comme « La Voix humaine » de Cocteau, mais en plus difficile techniquement puisque la conversation est ici en tête-à-tête – est une pièce pour deux comédiens : un visible et l’autre imaginaire, rendu vivant par le premier. Qui y parvient parfaitement à travers un jeu interpellatif très bien réglé. Ce migrant qui achète un kebab puis en vient à raconter sa vie, est plus vrai que nature. Est-ce alors un problème si son caractère de chat écorché est mis à mal par la réalité, faite de personnes obligées de ravaler leur fierté pour obtenir un peu d’aide, et tellement cabossées qu’elles vivent à l’heure l’heure en évitant autant le froid que la police ? Non, car ce spectacle ne se veut pas documentaire, mais humaniste. Il l’est de la plus belle manière : sans phrases, sans démonstration, sans argumentation, juste à travers une émotion innommée qui plane rapidement sur le texte et son interprétation.
Pierre FRANÇOIS
« Homère kebab », de et mis en scène par Benoît Lepecq. Avec Melki Izzouzi. Lumières et son : Jean-Charles Levesque. Collaboration artistique : Corinne François-Denève. Le mercredi à 19 h jusqu’au 11 mars au théâtre La Flèche, 77, rue de Charonne, 75011, Paris. Métros Charonne, Ledru-Rollin, Faidherbe-Chaligny. Tél. : O1 40 O9 70 40, info@theatrelafleche.fr. www.benoitlepecq.com.

Photo : Emmanuel de Saint Leger.