Théâtre, festival d’Avignon off : « La Bête, solo sonore », de Karin Serres au Totem à 14 h 20.

Étonnant.
« La Bête », est-ce encore du théâtre ? Oui, à condition de se souvenir qu’il fut un temps où on allait « ouïr » la tragédie. Où les loges de la salle « à la française » permettaient de voir qui était la nouvelle maîtresse de l’abonné à celle d’en face ou la toilette de sa femme (ou, peut-être, les deux), mais pas les comédiens. Lesquels, de leur côté, se tenaient côte à côte et face au parterre, même quand ils étaient censés se parler, pour projeter leur voix le plus loin possible.
Car « la Bête » rompt avec le monde de l’image qui est le nôtre, jusque sur les écrans des ordiphones ou des panneaux publicitaires. L’ambition de la metteuse en scène est de lui substituer le monde de l’imaginaire. Ainsi est-ce par le son qu’elle excite l’imagination. Sur scène, un vieux magnétophone à bande et une non moins démodée mini-cassette manipulés par un homme passionné, mais peu à l’aise devant son public, lui qui n’est même pas professeur et encore moins conférencier (mais très bon comédien pour pouvoir interpréter une personne gauche avec tant de vérité).
Ce dernier, à travers la diffusion d’enregistrements, « prouve » l’existence d’une espèce inconnue de primates qu’il nomme « les hommes sauvages ». Au passage, il convoque les peurs enfouies de nos enfances devant les sons inconnus ; ceux qui ont déjà dormi sous tente en forêt comprendront.
Ce spectacle n’est donc pas à voir, au propre ou au figuré, comme l’histoire d’un (anti) héros qui devrait se sortir d’une situation, mais comme l’agent qui permet au spectateur de réveiller ses propres capacités imaginatives pour se reconnecter à un environnement réel. Car même si le son réveille l’imagination, il n’en est pas moins vrai que cette matière première est d’origine naturelle. Et cela marche.
Pierre FRANÇOIS
« La Bête, solo sonore », de Karin Serres. Mise en scène : Anabelle Sergent. Avec Christophe Gravouil. Son : Jérémie Morizeau. Costume : Tiphaine Pottier. Régie : Romain Ouvrard. Du 6 au 20 juillet à 14 h 20 (relâche les dimanches 7 et 15) au Totem, 20, avenue Monclar, Avignon.

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