Théâtre : « Au non du père », de et mis en scène par Ahmed Madani en tournée.

Cuisine médiumnique.
Ahmed Madani est (pas qu’) un peu psy, mais on le savait déjà. Anissa, l’interprète de « Au non du père » serait médium qu’on n’en serait pas plus étonné que cela. Mais ne dévoilons pas les détails de cette quête, celle qui habite tout enfant abandonné.
Les réserves que les uns pourraient formuler sont autant qualités que les autres apprécieront. La diction hachée, telle qu’on l’entend sur les ondes ou dans la rue et qui fait peu de cas de la ponctuation, est à l’image du parler contemporain : le public jeune ne sera pas dépaysé. Il en est de même pour le fait d’interroger parfois le public. Quant au fait de regarder plus son travail de pâtisserie – excellente, qui est partagée à la fin du spectacle – que la salle, il permet de dissimuler (est-ce conscient ou non ?) un léger strabisme.
Une fois de plus, Ahmed Madani nous emmène aux frontières du vrai et du mentir vrai. Il le revendique d’ailleurs lorsqu’il dit que même s’il est lui-même disant sa vérité, il n’est plus qu’un personnage à partir du moment où il foule le plancher d’une scène. C’est la démarche qu’il fait emprunter à Anissa, à travers un jeu de fausses improvisations qui ravissent le spectateur. Elle remplit parfaitement le contrat qui est le sien : raconter son histoire sans en faire du théâtre alors que l’on est au théâtre. Il ne manque plus que le coin du feu, mais alors ce serait un conte, donc faux, alors qu’ici cette option de jeu renforce le parler vrai d’une histoire peut-être vécue, mais sûrement écrite. Allez savoir ce qui a été retenu ou non de l’expérience de cette femme… Quelle importance d’ailleurs puisque cela permet d’une part d’y croire, d’autre part de se poser les bonnes questions par rapport à la recherche ou non de ses racines ?
Pierre FRANÇOIS
« Au non du père », de et mis en scène par Ahmed Madani. Avec Anissa, Ahmed Madani. Vidéo : Bastien Choquet. Son : Christophe Séchet. Construction et régie : Damien Klein.
Tournée : du 9 au 12 janvier à l’Espace culturel Boris Vian des Ulis (91), du 14 au 17 février aux Passerelles de Pontault-Combault (77), du 6 au 11 mars à l’Échandole d’Yverdon-les-Bains (Suisse), du 30 mars au 2 avril au Théâtre de poche de Bruxelles (Belgique).

Photo : Pierre François.

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