Festival : « Vertiges », de et mis en scène par Nasser Djemaï dans le off d’Avignon.

Histoire familiale.
« Vertiges » boucle une trilogie sur l’identité familiale, mais peut être vu indépendamment des volets précédents. Si la relation filiale en est le cœur, cette dernière passe par le truchement nécessaire de la phratrie. Le spectateur est petite souris dans un coin du salon, dans la barre d’une cité. Là, une famille est arrivée du Maghreb dans les années soixante. Peu à peu, ce qui était alors une chance d’échapper au désert de la campagne est devenu un refuge puis une prison mentale dans laquelle chacun se raccroche à des convictions de plus en plus en décalage par rapport à l’évolution de la société. Dans la pièce, un des fils, qui a socialement réussi en s’échappant de ce contexte, revient pour aider sa mère et sa famille à prendre en charge un père vieillissant et malade. Tous les personnages tentent de combler, chacun à sa façon, une faille intime. Tous tentent de s’aimer les uns les autres en même temps que les habitudes les ont sculptés, de sorte que la tentative de réforme dans l’organisation que l’aîné tente d’introduire est diversement accueillie… Chaque personnage est campé avec tant de réalisme, tant de vérité, qu’on a un peu de mal à accueillir comme il se doit les rares scènes oniriques. Parce qu’au début l’évolution de la situation est lente, on croit d’abord avoir affaire à un théâtre du genre « tranche de vie ». Avant de réaliser qu’on est bien dans le schéma classique de l’exposition suivie de la montée de la crise puis de sa résolution.
Il y a dans cette pièce un véritable enjeu qui est posé – tout faire pour soigner le père – en même temps qu’une somme de barrières mentales de sorte que, même si on devine le dénouement, les rebondissements sont suffisamment nombreux et divers pour évoquer la vie telle que nous la connaissons tous. En ce sens, ce qui se passe dans le contexte particulier de l’immigration est assez universel pour nous rejoindre tous. Et nous émouvoir profondément.
Pierre FRANÇOIS
« Vertiges », de et mis en scène par Nasser Djemaï. Avec Fatima Aibout, Clémence Azincourt, Zakariya Gouram, Martine Harmel, Issam Rachyq-Ahrad, Lounès Tazaïrt. Du 6 au 29 juillet au Théâtre des halles, Rue du Roi René, 84000 Avignon.

Photo : Pierre Francois.

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