Festival : « Vertiges », de et mis en scène par Nasser Djemaï dans le off à Avignon.

Au-delà de la chronique sur l'émigration, par Clara.
Ce texte présente une famille maghrébine désunie, les parents nés au bled ont fini pas échouer dans une sordide cité de banlieue, un de leurs enfants, l'aîné, mû par un besoin maladif d'ordre et d'organisation a réussi socialement. 
L'histoire est centrée sur le questionnement identitaire et le déracinement. Le père rêve d'un impossible retour au pays, la mère est parfaite dans son rôle de femme soumise à qui on ne demande jamais son avis et qui répète quotidienne toutes les tâches lui incombant, les trois enfants peinent à être simplement eux-mêmes… Chacun vit a sa façon un arrachement et la difficulté d'être qui résulte de cette histoire familiale semble insurmontable pour tous.
L'aîné, qui a réussi, est totalement coupé du reste de sa famille. Il paie pour eux et cela semble lui être suffisant pour qu'il puisse imposer ses façons de penser, de vivre, sa philosophie. Mais il est aussi esclave d’un besoin maniaque d'ordre. Il ne comprend donc pas – pire, il rejette – son frère qui vit d'expédients, se débrouille comme il peut pour s'en sortir, pour tenter de joindre les deux bouts (sans y arriver). Il y a aussi une sœur qui s’exténue dans un travail mal payé en maison de retraite, évoquant le désir d'un beau mariage et d'enfant mais que l'on devine curieuse, lesbienne sans oser le penser, attirée par sa collègue japonaise qui est libre. Elle laisse pourtant cette opportunité de bonheur  d'une rencontre hors norme et multiculturelle, filer sans assumer son désir. Perdue dans cette famille, une voisine, que l'on devine folle et laissée à l'abandon par tous, est recueillie généreusement dans ce chaos, afin de lui éviter une mort solitaire à l'hospice.
L'univers bascule très lentement vers le chaos : divorce, maladie, apparences qui s'effondrent forment le fond de cette pièce. 
Rendu visuellement fort grâce à un décor très ingénieux qui lui aussi bascule, ce microcosme et sa représentation évoluent vers un volet onirique et symbolique qui interpelle l'attention du spectateur jusqu'au malaise, matérialisant ainsi la difficulté d'être de chacun des protagonistes.
Magnifié par un jeu d'acteurs d'une justesse implacable et qui ne peut pas laisser indifférent, le texte est désabusé et particulièrement pessimiste quant à la nature humaine.
Clara
« Vertiges », de et mis en scène par Nasser Djemaï. Avec Fatima Aibout, Clémence Azincourt, Zakariya Gouram, Martine Harmel, Issam Rachyq-Ahrad, Lounès Tazaïrt. Du 6 au 29 juillet au Théâtre des halles, Rue du Roi René, 84000 Avignon.

Photo : Pierre Francois.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>