Théâtre : « Un cœur Moulinex », de Simon Grangeat au Théâtre de l’opprimé, à Paris.

Profondément humain.
« Un cœur Moulinex » fait partie de ces spectacles documentaires réussis. Documentaire, car il s’agit de narrer au spectateur une saga industrielle qui a duré 69 ans, période par période. Réussi, car les comédiens font revivre devant le public tout un monde avec ses mentalités (tant du côté patronal qu’ouvrier) et ses évolutions. On est séduit par la simplicité avec laquelle chaque protagoniste exprime ses convictions, volontés, souffrances, désirs, entêtements parfois… C’est simple : on a l’impression qu’ouvrières, patron et contremaîtres viennent de débarquer dans le théâtre ! Les luttes d’influence sont rendues visibles. Le spectateur a le sentiment de partager la vie quotidienne des uns et des autres. Le texte passe régulièrement du dialogue au récit, voire au commentaire ou à l’analyse. La musique et totalement en phase avec le jeu. Le fait d’avoir scindé cette épopée en cinq périodes bien identifiables permet de suivre le fil d’une histoire qui a vu passer bien des acteurs, surtout vers la fin… Au lieu d’apitoyer le public ou de lui faire subir un discours engagé, les comédiens nous font rire devant les petits et grands défauts de chacun ou avec des anecdotes (les différents robots on porté les noms des secrétaires du patron, mais aucun n’a celui de son épouse, par exemple). La galerie de portraits qui est présentée est de ce fait assez variée, entre le patron qui ne veut pas licencier, mais qui ne veut pas entendre parler de Seb, les ouvrières qui arrivent directement de leurs fermes à l’usine et ne comprennent pas pourquoi les plus polyvalentes d’entre elles sont recherchées ou les cadres qui assurent ces dernières de leur sympathie tout en exigeant un accroissement permanent des cadences. Cette pièce touche par son humanité profonde. Dès l’avant-première destinée à la presse, soit deux semaines avant la première publique, il n’y avait rien à y redire, ni quant au rythme, ni quant à la crédibilité des personnages, ni quant à la mise en scène, ni quant à la musique !
Pierre FRANÇOIS
« Un cœur Moulinex », de Simon Grangeat. Avec Hervé Laudière, Carole Leblanc, Véronique Muller, Lorédana Chaillot, Julien Brault, Pascaline Schwab. Mise en scène Claude Viala. Du mercredi au samedi à 20 h 30, dimanche à 17 heures du 8 au 26 novembre au Théâtre de l’opprimé, 78, rue du Charolais, 75012 Paris, métro Reuilly-Diderot, Montgallet, gare de Lyon (sortie 9), tél. 01 43 40 44 44, reservation@theatredelopprime.com, http://www.theatredelopprime.com/

Photo : Pierre Francois

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