Feuilleton : « Chaînon manquant », par LTL : introduction.

La Terre était habitée. Nous vivions encore dans un environnement oscillant entre le bien et le mal. Une société à la fois archaïque et moderne. Si les technologies de l’information s’étaient largement développées, les rapports humains avaient à évoluer. Les guerres avaient presque disparu, mais la violence entre les humains de la Terre demeurait.  Le monde était devenu transparent en apparence : tout était fiché, tracé. La liberté était devenue un concept. Mais des secrets subsistaient encore. Que serait une Humanité sans secret ? Que ferions-nous si nous avions tout découvert, sur Terre ? 
Si nous savions tout, nous n’aurions plus rien à apprendre. 
Ainsi, à l’abri de toutes ces technologies qu’elle avait créées pour tout savoir sur tout, des secrets résistaient à l’Humanité. Et, en ne sachant pas tout des uns des autres, les terriens s’offraient le luxe de la découverte de l’autre.  Quelle joie de constater combien l’autre est différent, de savoir que l’on a encore beaucoup à apprendre de l’autre et de la vie en général !
Le monde était donc très moderne, mais conservait des secrets bien gardés qui seraient dévoilés un par un à l’Humanité terrestre. 
Jean et Paul étaient frères. Tous deux très différents, mais très complices. Si l’un s’intéressait au devenir de l’Humanité, l’autre travaillait ardemment pour relever les défis de la vie. Et chacun partageait avec l’autre ses connaissances et expériences. 
Les deux frères traversèrent chacun leur adolescence à leur manière. Aujourd’hui ils étaient l’un professeur et l’autre pilote d’avion.  Ils étaient épanouis, aimaient le monde et aimaient la vie.  Deux voies différentes, mais ils étaient parvenus à la même conclusion : la création de l’Humanité restait un mystère…non résolu. Leur mère, les invitant à dîner, un soir, leur dit en riant, par provocation :
« Mes enfants ! Vous savez bien que l’Humanité est issue du singe !
Paul répondit :
— Mais, Maman, et le chaînon manquant ?
— Cela s’appelle l’évolution, mon Paul !
— Tout ça n’est pas logique, répliqua Jean. Notre espèce a évolué de manière vertigineuse, en un temps record ! Il y a quelque chose qui nous échappe !
— Oui ! confirma Paul. J’ai discuté avec un archéologue lors d’une escale au Moyen-Orient. Il m’a affirmé que nous ignorons tout de nos origines et que les singes ne pouvaient pas, à eux seuls, devenir ce que nous sommes devenus…
— Alors quoi ? Répliqua leur mère. Vous voulez que nous descendions de quoi ?
Jean et Paul se regardèrent.
— C’est encore un mystère irrésolu… pour le moment ! fit Jean d’un air malicieux.
— Maman tu verras que nous découvrirons nos origines, malgré tout le tabou qui les entourent. 
— Mes enfants, chaque chose en son temps. »

Le dîner se termina dans le calme, malgré la frustration des deux jeunes hommes de ne pas avoir la capacité à résoudre le mystère de leurs origines. Leur mère pensait-elle sérieusement qu’ils venaient tous du singe ? Jean y réfléchit et se dit qu’il y avait anguille sous roche. Leur mère était d’ordinaire moins pragmatique.  
Jean, professeur à l’université, devait donner un cours en amphithéâtre le lundi matin.  Une étudiante vint le voir à la fin de l’heure. Elle avait suivi tous ses cours de sciences humaines et, la fin de l’année approchant, elle alla voir ce professeur qui était très inspirant pour elle. 
« Monsieur, est-ce que je peux vous parler, cinq minutes ?
— Oui bien sûr ! De quoi s’agit-il ?
— J’ai suivi avec application vos cours en psychologie, en religions, en fonctionnement de la société et il y a des points que je voudrais voir avec vous.
— Lesquels ? »
Jean aimait que ses étudiants s’interrogent sur ses cours. C’était pour lui le signe qu’il avait suscité leur intérêt, que ses cours étaient vivants et aidaient ces jeunes à aborder leur vie et leurs expériences avec plus de moyens.  Cette jeune fille était sans doute, pensait-il, en interrogation sur tel ou tel élément du cours. Mais elle lui dit :
— Il y a des choses qui manquent.
Il fronça les sourcils et la relança :
— Comment ça « des choses qui manquent » ?
— Je crois avoir compris en écoutant vos cours que vous vous posiez encore des questions, sur la création de l’Humanité.
— Oui, c’est vrai… Pourquoi, vous auriez des réponses ? fit-il, un peu ironique, mais bienveillant.
— Des réponses, non.
— Ah !
— Des éléments de réponse, oui. 
Elle attisait sa curiosité.  Elle poursuivit :
— Nous ne sommes pas que des singes savants.  Nous n’avons pas appris comme des grands à vivre en société, à croire en Dieu, à aimer. Nous y avons été incités et même encouragés.
— Mais… Par qui ?
— C’est la question qui manque à vos cours.
Jean n’en revenait pas, elle apportait la réponse à une question qu’il se posait lui-même depuis peu de temps.  Comme si le ciel l’avait amenée à lui. Il s’en fit la réflexion et dit :
— Dites-moi tout, alors….
— Je ne peux pas tout vous expliquer, j’ai moi-même vécu des expériences qui m’ont fait comprendre certaines choses. La plus importante est que notre création ne résulte pas du tout du hasard, pour moi en tout cas. Vous nous enseignez la théorie de Darwin et vous nous rendez compte des œuvres religieuses comme des éléments de décoration, alors que tout est lié. Oui il y a des rapports de forces comme le présente Darwin, mais nos croyances ne sont pas des mises en scènes de quelques scripts qui auraient bu un coup de trop !
Il eut un sourire.  Elle enchaîna.
— J’en suis sûre.
— Quoi ?
— Nous avons été créées.  Rien n’est dû au hasard et certainement pas notre création. »
Elle tourna les talons.
Ces mots avaient intrigué Jean et il repensa encore et encore à ce mystère que constituait la création de l’Humanité.  Il attendait avec impatience la semaine suivante car il avait des questions à lui poser. Il avait l’impression qu’elle l’avait mis sur la voie. Malheureusement la semaine suivante la jeune étudiante avait disparu. La semaine qui suivit elle ne réapparut pas non plus. Cela n’avait en général rien d’anormal. De nombreux étudiants décrochaient de leurs études. L’université les laissaient en général face à eux-mêmes, leur apprenant l’autonomie.  Mais Jean éprouva au fil des semaines une intense déception.

Photo : LTL

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