Théâtre : « Feu la mère de Madame », d’après Feydeau à Rouen avec Le Bruit qui court.

Amateurs.
C'est le cas de la troupe dirigée par Fabienne d'Argentré. Cette dernière respire le dynamisme, l'esprit de décision et la passion pour l'art dramatique. Au quotidien cette quinquagénaire est formatrice en entreprise. Sauf qu'elle fait partie depuis quinze ans de la troupe Le Bruit qui court, laquelle a vingt ans d’existence : autant dire que lorsqu'à la casquette de metteur en scène elle ajoute l'an dernier celle de présidente, elle prend les rênes d'une équipe qu'elle connaît par cœur.
Et qui a déjà un certain nombre de succès à son actif, notamment un Canard à l'orange qui a été joué un peu partout plusieurs années durant, même si une tournée amateur a peu de rapport avec une professionnelle : totaliser six ou sept villes, ce qui est le cas en l'espèce, tient déjà de l'exploit.
L'ancien président étant très engagé, la troupe a toujours joué à saint Léon (à Paris), au point qu'il y a maintenant des liens qui se sont créés. Par exemple, la paroisse accepte que la location de la salle ne soit réglée qu'après que la billetterie ait renfloué les caisses. Ou des associations partenaires proposent à leurs adhérents de voir le travail de la compagnie.
Reste ensuite à tourner la pièce en province, ce qui représente un vrai travail de prospection. Lequel est (ainsi que la programmation) à coordonner avec des impératifs de disponibilité, car tout, des répétitions jusqu'à la moindre représentation, y compris hors de Paris, doit avoir lieu un samedi ou un dimanche.
La passion qui est la leur est une des clefs d'un succès confirmé par un prix au festival de Saint-Cloud. Car elle est la cause d'un travail bien fait, jusque dans les détails. Décors, mise en scène, costumes, jeu, tout est soigné. Pour autant, l'esprit de troupe est sauvegardé : « on fait les choses sérieusement sans se prendre au sérieux et on s'amuse beaucoup » explique Fabienne d'Argentré.
Cette fois-ci, c'est Feu la mère de Madame qui est présenté au public. Avec en prime, et dans un style qui déjà met le public dans l'ambiance de Feydeau, des extraits du prélude de Chanteclerc d'Edmond Rostand et de On ne badine pas avec l'amour de Musset. Jeu et mise en scène sont bons, le rythme y est : le divertissement est garanti. Et on est touché de ce que la troupe s'arrange pour faire connaître un artiste ou des associations amis par l'intermédiaire des décors ou de la tenue de la buvette. Lors des prochaines représentations à Rouen, il y aura par exemple des partenariats avec JALMALV, qui réunit des accompagnants de personnes en fin de vie, ou SHMA, qui se consacre à l'accueil et écoute des personnes en précarité. Il faut guetter ces comédiens car, en matière d'amateurs, ils le sont au sens premier du terme : ceux qui aiment et qui prennent tout leur temps pour présenter un bel ouvrage.
Pierre FRANÇOIS
« Feu la mère de Madame », d'après Feydeau. Avec : Stéphane Dartige du Fournet, Fabienne d'Argentré, Laurence Blondel, Vincent Barbier, Stéphane Denolle, Jean-Sébastien Dinéty. Mise en scène : Fabienne d'Argentré. Décor : Vincent de Kerviller, artites peintres de l'Annexe. Prochaines représentations les 17 et 18 mars à 20 h 45 au théâtre de Bihorel, à l'angle des rues Lanjallais et Carnot, 76420 Bihorel.

Photo : François Desachy.

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