Théâtre : « Banque centrale », de et avec Franck Chevallay au Théâtre des déchargeurs, à Paris.

Les banques au ban.
« Banque centrale » fait partie de ces manifestations durant lesquelles on a soudain l’impression d’être devenu intelligent au point de comprendre les rouages les plus compliqués d’une discipline. En général, cela se passe lors de conférences très bien préparées, ici c’est à l’occasion d’un seul en scène comique à propos de l’évolution de la monnaie et du monde de la finance.
L’auteur-interprète explique que, ne connaissant rien à la question, il a été choqué lorsque les banques privées venant juste d’avoir été renflouées par les États à la suite de la crise de 2008, elles ont refusé de prêter de l’argent à la Grèce. Voulant mettre au point un spectacle inattaquable, il s’est documenté pendant deux ans et n’a gardé que les faits admis par les écoles de toutes tendances (ainsi ne parle-t-il que très peu de la loi du 3 janvier 1973 dans la mesure où elle a à la fois des détracteurs et des partisans).
On part de l’économie de troc, on passe par le crédit, la lettre de change et on s’aperçoit que petit à petit le système devient de plus en plus abstrait, que la monnaie ne correspond plus à rien d’autre qu’à des lignes dans une comptabilité puis des octets dans un système informatisé mondial.
Le coup de génie de ce spectacle est de situer la scène dans un asile, l’un se prenant pour l’État, l’autre pour la banque centrale, le troisième pour la règle du jeu, le quatrième pour l’Europe, le cinquième pour la banque privée et ainsi de suite. Bien évidemment, tous les rôles sont tenus par le même comédien qui illustre chaque notion par des exemples hilarants, le premier étant d’aller uriner sur des morceaux de sucre devenus monnaie d’échange pour, les dissolvant, enrayer la spirale de la spéculation sur les variations périodiques de l’offre et de la demande de monnaie. 
L’interprétation, bien plus en finesse qu’il n’y paraît au premier abord, fait imperceptiblement comprendre que ce n’est pas le pensionnaire qui est fou, mais le système qui l’entoure. Le comédien tient son public en haleine d’un bout à l’autre du spectacle. On ne voit pas le temps passer. Éventuellement, des réminiscences de cours d’économie reviennent à l’esprit du spectateur et, à la sortie, une spectatrice ancienne enseignante de cette matière délivre au comédien un certificat de parfaite exactitude. On ne regrette que deux choses : que ce spectacle ne se donne que le samedi et dans une salle à la jauge si réduite. Il convient donc de s’y prendre à l’avance pour réserver, car non seulement la pièce est si hilarante qu’elle donne l’impression d’être génial, mais elle est présentée de telle façon qu’on est en prime capable de réexpliquer ensuite à autrui ce qu’on y a appris !
Pierre FRANÇOIS
« Banque centrale », de et avec Franck Chevallay. Mise en scène : Zloto et Franck Chevallay. Le samedi à 19 h 30 jusqu’au 15 avril au Théâtre des déchargeurs, 3, rue des déchargeurs, 75001 Paris, métro Châtelet, sortie rue de Rivoli,  tél. 01 42 36 00 50, www.lesdechargeurs.com

Photo : DR

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