Théâtre : « Dialogues d’exilés » au Lucernaire, à Paris.

Incroyable Brecht
« Dialogues d'exilés » au Lucernaire est un Brecht qui, incroyable !, n'est pas ennuyeux. Plus encore : il est peu dogmatique et plutôt humaniste. Sans doute est-ce en partie dû à la forme cabaret du spectacle, car on nous assure que le texte est bien celui de l'auteur. Il faut donc croire qu'il existe une façon de le monter qui ne soit pas rasante. On se rappelle que Guy-Pierre Couleau avait monté un Maître Puntila et son valet Matti de même qu'un Cabaret Brecht à La Comédie de l'Est de Colmar et que la truculence qu'il y avait insufflé avait donné bien de la légèreté à des textes parfois plus intellectuels que théâtraux. Il faut donc croire que la forme – créée d'ailleurs en Allemagne – du cabaret réussit bien à Brecht. On s'en réjouit, de même que de constater que le théoricien, derrière une apparence parfois irrévérencieuse (« l'homme est bon, mais le veau est meilleur », « on fait plus facilement un homme qu'un passeport », par exemple), révèle une vraie interrogation sur l'homme et la façon d'essayer de le rendre heureux (« il faut savoir s'aimer »). Derrière un style systématiquement paradoxal. Ceci étant, Dialogues d'exilés reste quand même un texte particulier dans l’œuvre de Brecht, écrit précisément lorsqu'il se trouvait lui-même en exil…
Sur le plateau, des fûts de bière, des instruments de musique et divers (simili) sièges. Quelques personnages, auxquels on croit aussitôt, arrivent qui n'ont pas fini de mettre au point les réglages de leur prestation orchestrale. C'est ainsi que débute ce spectacle qui adopte un peu le style des brèves de comptoir, les dialogues étant régulièrement servis sous forme de maximes groupées par thèmes. Le rythme de croisière s'installe rapidement, chansons et maximes se répondent, le jeu réserve quelques surprises. On se laisse prendre, on est séduit et on a du mal à croire que c'était du Brecht, mais inutile d'y revenir.
Pierre FRANÇOIS
« Dialogues d'exilés », de Bertolt Brecht. Avec Olivier Mellor, Stephen Szekely, Séverin « Toskano » Jeanniard, Romain Dubuis, Cyril « Diaz »Schmidt, Feat. Du mardi au samedi à 21 heures jusqu'au 26 mars au Lucernaire, 53, rue Notre-Dame-des-champs, 75006 Paris, tél. : 01 42 22 66 87, www.lucernaire.fr

Photo : Pierre François.

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