Théâtre : « Etty Hillesum, la flamme d’une âme » au Théâtre de l’Écho de Paris.

Introspection.
La vie d'Etty Hillesum, jeune fille née en 1914 dans une famille juive libérale hollandaise et morte en 1943 à Auschwitz, peut être racontée de différentes manières. La plus habituelle est historique et consiste à s'appuyer sur ses écrits pour décrire l'évolution du sort des Juifs dans le pays puis en camp de transit et enfin en camp d'extermination.
Une autre approche est possible, psychologique et spirituelle. Car, par-delà une vie désordonnée, elle est une mystique au sujet de laquelle Benoît XVI* dit « qu'initialement éloignée de Dieu, elle le découvre en regardant en profondeur à l’intérieur d’elle-même » de sorte que « transfigurée par la foi, [elle] se transforme en une femme pleine d’amour et de paix intérieure, capable d’affirmer : « Je vis constamment en intimité avec Dieu » ».
La pièce jouée actuellement au théâtre de l'écho, si elle ne nomme pas Dieu, met bien en relief la quête psychologique et spirituelle de cette femme qui pourrait être de notre temps. Est-il d'ailleurs vraiment utile de préciser qui habite une personne capable d'écrire « La vie est pleine de sens dans son absurdité », « Rien ne peut plus nous être ravi », « Le sens de la vie, cela dépasse la vie » ou « En fait je n'ai pas peur. Pourtant je ne suis pas brave, mais j'ai le sentiment d'avoir toujours affaire à des hommes, et la volonté de comprendre autant que je le pourrai le comportement de tout un chacun. » ? Tout entier consacré à l'introspection de cette femme, le travail qui est montré se caractérise par sa justesse et l'honnêteté des propos rapportés.
L'interprétation est sobre, dans un décor spartiate, et efficace. Aucune interrogation n'est passée sous silence, qu'il s'agisse de sa vie sentimentale, voire intime au sens habituel du terme ou de celle, plus intime encore, de son âme. Cette franchise de ton suscite parfois un rire complice chez les spectatrices. Des préoccupations très quotidiennes ne sont pas oubliées pour autant. Comment, par exemple, préserver l'unité dans la maison où elle habite en colocation ? La relation avec Julius Spier, disciple de Jung et « accoucheur de mon âme », disait-elle, est exposée en détail et suscite l'admiration tant envers le maître que sa patiente. On tient là une belle pièce.
Pierre FRANÇOIS
« Etty Hillesum, la flamme d'une âme », choix de textes d'Etty Hillesum mis en scène par Mourad Berreni et joué par Angélique Boulay. Les vendredis à 20 h 30 jusqu'en juin au Théâtre de l'Écho, 31, rue des Orteaux, 75020 Paris, métro Maraîchers ou Alexandre Dumas.

 

 

 

 

 

 

*Audience Générale (Mercredi des Cendres) du 13 février 2013.

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