Actu : le rapport Sauvé.

216 000 victimes de clercs ou religieux en 70 ans, dit le rapport Sauvé. Un enfant de classe primaire peut faire le calcul suivant : 216 000 / 70 ans = 3085 victimes par an. Divisé par 12 = 257 victimes par mois. Divisé par 101 départements (96 en métropole et 5 outre-mer) = 2,54 victimes par mois en moyenne par département, donc, à quelques exceptions près, diocèse.
Et 216 000 est un chiffre minimal, qui grimpe à au moins 330 000 si on compte les laïcs travaillant dans des institutions religieuses (écoles, patronages, etc.).
Comment les responsables pouvaient-ils ignorer ? Que faisaient-ils ? Un début de réponse a sans doute donné par ce membre d’un patronage touché par une telle affaire dans les années 2000. Il expliquait qu’avant, quand on avait vent d’un tel comportement par un animateur, on le prenait entre quatre yeux et on le renvoyait. Sans se soucier des dégâts qu’il pouvait occasionner ailleurs. Pour l’Église, qui vit en circuit fermé, l’information ne pouvait pas être ignorée de celui qui héritait d’un prédateur.
Certes, il y a la culture de la miséricorde et du pardon, mais le sacrement de réconciliation ne comporte-t-il pas la réparation des fautes ?
Sans doute est-ce à cause de cette négligence à exiger réparation (on pense, par exemple, à Philippe Néri qui demanda à une médisante de répandre des plumes dans toute sa ville puis, quelques jours plus tard, de les rattraper ; signe qu’il lui était impossible, justement, de rattraper les rumeurs qu’elle lançait) que la justice a condamné plusieurs évêques qui arguaient du secret de la confession pour ne pas révéler les dérives de leurs délégués aux magistrats.
Mais, bien au-delà des considérations culturelles, philosophiques ou théologiques, il y a un fait terrible : il serait aussi indécent, après un tel rapport, de discuter du nombre de victimes de la pédophilie dans l’Église que de celui de la Shoah dans les camps. Pour une raison très simple : c’est toute la vie de la victime, fut-elle unique, qui lui est enlevée. Après de tels actes, comment pourra-t-elle aimer ? Comment pourra-t-elle faire confiance en autrui ? Comment pourra-t-elle se construire ? On peut toujours invoquer la résilience, il n’empêche que des béquilles ne feront jamais vivre normalement.
Pierre FRANÇOIS

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