Spiritualité : Vertu et piété, dissimulation et révélation (35).

Chacun utilise le confinement comme il peut. L’auteur de ces lignes, qui avait raté un cours sur le Livre d’Esther, le rattrape en en faisant un compte rendu, très personnel d’abord, puis (largement) inspiré par le site protestant « Théovie » et la revue catholique « Cahiers évangile » (ainsi que son « supplément »)*. Cet article n’étant qu’un (bref) résumé, il est conseillé à ceux qui s’intéressent au sujet de se reporter à ces sources.

Ce qui a d’abord été utilisé dans le Livre d’Esther est sa valeur d’exemple, son héroïne incarnant pour les Pères de l’Église la foi, la piété et le courage, tout comme les figures de Judith et de Suzanne. Mais Jérôme, vers 405, y ajoute une interprétation symbolique. Esther devient alors l’incarnation de l’Église.

Chez les Juifs, vers le VIe siècle, les midrash (commentaires des textes sacrés les uns à l’aide des autres) du Livre d’Esther vont, eux, dans le sens de l’exil qui oblige Israël à trouver son identité(18). Xerxès, qui semble à première vue bien falot, est pourtant au début et à la fin du livre parce qu’il symbolise un pouvoir purement temporel pendant que Dieu est absent, pouvoir qui risque de se substituer à ce dernier si Esther et Mardochée n’orientent pas sa puissance vers le service de Dieu.

Les auteurs juifs s’intéressent aussi à la figure d’Haman, dans lequel le targum (interprétation rabbinique) voit l’ennemi radical d’Israël. Néanmoins, dans ce milieu aussi, le fait que le mot de Dieu ne figure pas dans le texte hébreu fait problème, au point qu’un talmud du VIe siècle présente Esther devant convaincre pour faire reconnaître la canonicité du livre qui lui est consacré. Celui de Babylone crée l’antagonisme Haman / Esther en voyant dans le premier (par décomposition de son nom) celui qui veut savoir l’origine des choses (ce qui renvoie à la tentation de l’arbre de la connaissance du bien et du mal pour Adam et Eve) alors qu’Esther, sans ascendants connus et qui cache son identité, est celle qui reste insaisissable et s’oppose à l’obsession de tout savoir. Par ailleurs, le texte fait suivre le nom de Mardochée de l’adjectif « judéen », ce qu’il n’est pas à proprement parler puisque de la tribu de Benjamin et non de Juda ni résident en Judée. C’est qu’alors le sens du mot a évolué et désigne désormais tout le peuple, fût-il en exil. Le mot devient alors synonyme de rejet de l’idolâtrie. Enfin, le Livre d’Esther manifeste une évolution par rapport au peuple juif qui erre dans le désert où il reçoit tout de Dieu, la Loi comme la manne ou les aides matérielles par le truchement d’intercessions et de prodiges. Ici, c’est le peuple qui cherche à rester fidèle à la Loi malgré l’exil et qui en prend les moyens, jusqu’à décréter une nouvelle fête qui n’est pas instituée par la Torah alors que Dieu semble absent.

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* Le serveur du site est très lent.

18) On retrouve ici l’équivalent du principe psychologique selon lequel l’enfant se pose en s’opposant. Sauf qu’en l’espèce, il s’agit de l’inverse : Israël n’est pas l’enfant de la culture dans laquelle il baigne… mais est tenté de le devenir.

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