Théâtre : « Eldorado Dancing », de Métie Navajo : pourvu que cela continue de tourner !

Confrontation.
« Eldorado dancing » est une parabole sur notre monde en transformation dans lequel on ne sait plus ce qu’est qu’exister, ce qui est réel. Chaque personnage figure une des options possibles : mener une existence entièrement virtuelle, rester aussi charnel que les générations qui nous ont précédées ou vivre entre les deux. Parallèlement se pose la question de l’acceptation ou non de vivre dans un monde réglé par l’absurdité des algorithmes.
En effet, tandis qu’un garçon des banlieues tente concrètement de rentrer dans une boîte de nuit dont la caméra de surveillance ferme la porte, à l’intérieur une jeune fille tente de battre le record du nombre de « followers » en se donnant en spectacle sous l’arbitrage d’un avatar au pseudo évocateur : « Merlin le démon ». Lequel a la main haute non seulement sur ce qui se passe à l’intérieur, mais aussi en partie sur la policière qui fait des rondes dans son quartier.
Qui va gagner entre tous ces protagonistes que le démon met en concurrence permanente tout en les déstabilisant ? Car même ceux de l’extérieur – qui savent encore où sont leurs racines – peuvent servir son unique dessein : entretenir le suspens. Le seul être qui lui échappe, alors pourtant qu’il hante la conscience de tous les autres, est Shéhérazade, une militante qui a été victime d’une bavure policière.
On croit à la psychologie de chacun des personnages. On se laisse entraîner par cette fable de – très légère – anticipation. On reconnaît là un travail qui parle efficacement à sa cible – les jeunes – même si certains regrettent qu’on assiste plus à la confrontation de deux mondes qu’à la mise à disposition d’outils pouvant aider au discernement. On retrouve là matière à de nombreuses réflexions – sur l’exclusion, sur l’argent, sur le militantisme, sur la différence, sur la vie virtuelle… – et même si aucune n’est traitée à fond, l’important n’est pas là, mais bien dans un état des lieux qui est à prendre en compte, quelle que soit l’opinion que l’on peut avoir au sujet de ces réalités.
Pierre FRANÇOIS
« Eldorado Dancing », de Métie Navajo. Avec Issam Rachyq-Ahrad, Clémentine Billy, Ghislain Decléty, Lucie Digout. Déjà treize dates, de Lorient à Bar-le-Duc…

Photo : Pierre Francois

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