Théâtre : « De Pékin à Lampedusa », de Gilbert Ponté à l’Essaïon, à Paris.

Passion mortelle.
« De Pékin à Lampedusa » est une pièce qui brode à partir d’un fait réel et qui montre tous les aspects de notre nature humaine. Qui se souvient de cette athlète somalienne arrivée dernière au deux cents mètres aux Jeux olympiques de Pékin, mais pour laquelle tout le stade s’était ému ? Et qui est morte dans un pneumatique en arrivant à Lampedusa ?
Gilbert Ponté est parti de ces deux événements et a romancé les moments qui les ont joints. Romancé ? Pas vraiment, car il s’est beaucoup documenté avant d’écrire le périple de celle qui ne pouvait pas s’entraîner dans son pays du fait de la volonté des shebabs et de l’inaction de son gouvernement. Elle finit par rêver de trouver un entraîneur en Angleterre et de participer aux Jeux de Londres… 
Son écriture est sobre et sans pathos : « le camion décharge ce qui reste de notre humanité » écrit-il au sujet d’une des  étapes. Et l’angle choisi est celui d’une passion pour le sport – « La guerre en Somalie ne m’intéresse pas, je veux courir » – pour bien affirmer que le choix est bien de montrer comment on peut en venir à choisir l’exil plutôt que de s’attarder sur les circonstances.
Du point de vue théâtral, Gilbert Ponté reste fidèle à la veine qui a fait son succès : le théâtre-récit. On se souvient que la trilogie de « L’enfant de la cité » et, plus récemment*, « Michael Kohlhaas » sont déjà dans ce style. Mais il ne faudrait pas oublier « La Ferme des animaux » ou « Francesco, le Saint jongleur François ». Il a choisi pour interprète Malyka R. Johany qui, à 25 ans, a déjà un passé théâtral et qui fait autant croire aux sentiments vécus par l’héroïne (très beau dialogue imaginaire avec son père ou description fine du monde de la compétition) que rire quand elle imite les journalistes venus l’interroger ou les responsables somaliens qui justifient son interdiction de s’entraîner.
Le rythme est bon, il n’y a pas de répétition ou de longueur, ce qui est capital pour un spectacle solo. Et la seule mise en garde à faire concerne le public : ce serait un contresens de croire que la démarche de cette jeune fille est dictée par le désespoir ! Au contraire, elle mobilise toutes les forces de sa jeunesse pour inverser un sort qui l’y mènerait. Il serait tragique de confondre le sentiment qui l’anime de celui qui est vécu par ceux, dont parfois nous, qui s’estiment impuissants face à un événement historique dramatique.
Pierre FRANÇOIS
« De Pékin à Lampedusa », de et mis en scène par Gilbert Ponté. Avec  Malyka R. Johany. Lundi et mardi à 19 h 45 jusqu’au 9 janvier au théâtre Essaïon, 6, rue Pierre au Lard 75004 Paris (M° Hôtel de ville ou Rambuteau) Tel : 01 42 78 46 42, resa.essaion@gmail.com
* le spectacle va d’ailleurs être repris.

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