Théâtre : François Bégaudeau parle de sa pièce « Contagion »

Vision d'auteur.
Il est toujours instructif de rencontrer un auteur pour savoir dans quelle perspective il a écrit. Valérie Grail à la suite des événements de janvier 2015 avait passé commande d'une pièce à François Bégaudeau.
Le spectacle est en trois parties. À chaque fois, un professeur discute avec un partenaire différent. À chaque fois aussi, la situation empêche l’échange d’aller jusqu’au bout, soit que les rôles des uns et des autres l’interdisent, soit que les peurs soient trop puissantes pour accorder crédit à la demande de l’interlocuteur.
Le discours sur l’enseignement montre comment ce métier enferme dans des rôles, comment la relation adulte-jeune se double d’une relation sachant-enseigné. C’est pourquoi le professeur finira par refuser de parler à des jeunes, sa position d’autorité lui étant devenue insupportable (un vrai dialogue est impossible dans une salle de classe du fait de ce décalage dans les rôles, il n’est possible que dans des discussions entre amis). Car il a compris que l’éducation est l’enseignement de normes, à l’inverse de l’émancipation.
Dans le premier tableau, on montre que le discours de fond est celui des peurs, mais qu’il peut devenir toxique quand il fonctionne de façon autonome par rapport à la réalité, il fait alors perdre la clairvoyance. C’est le propre des théories du complot. Le jeu de la peur, qui fonctionne comme le mécanisme de la rumeur, est à somme nulle, il ne mène nulle part et s’entretient tout seul. Le problème est que l’on parle toujours des mêmes trains qui déraillent de la même façon… et que la plupart des gens aiment se faire peur dans la mesure où cet affect procure du plaisir. Le monde de l’art ne s’y trompe pas, qui exploite les côtés troubles de la peur, c’est ce que faisait très bien un maître comme Hitchcock. 
La pièce pose des questions – par exemple sur nos propres fascinations, comme d’être capable de rester plusieurs jours scotché devant une chaîne d’actualité en continu – et sa conclusion est qu’on ne peut sortir de la peur qu’en parlant d’autre chose. Il faudrait que chacun parvienne à soigner son propre cerveau, non pas dans un réflexe de repli tel que le « cultivons notre jardin » de Voltaire, mais plutôt dans la dynamique de Spinoza qui appelle à se prendre en charge en prenant soin de soi. De ce point de vue, il est peu pertinent d’écrire sur le terrorisme (et on observe d’ailleurs qu’après une période de catharsis le nombre des publications sur le sujet commence à régresser) car le plus émouvant n’est pas le plus intéressant. La valeur la plus importante est la primauté qui doit être donnée à l’humour : on doit pouvoir rire de tout.
Pierre FRANÇOIS

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