Théâtre : « Le Laboureur de Bohême », de Johannes Von Saaz à l’Essaïon, à Paris.

Quête spirituelle.
« Le Laboureur de Bohême » est en prolongation jusqu’au 16 mai à l’Essaïon. Il le mérite largement. Le texte, écrit par Johannes von Saaz en 1401 alors qu’il venait de perdre sa femme morte en couches, est un réquisitoire de la souffrance contre la mort. Solennel, passionné, le veuf crie vengeance contre la mort qui lui a ravi la jeune beauté qui faisait son bonheur. Cette dernière n’apparaît cynique que par défaut, en effet avant de mettre en avant son pouvoir dévastateur elle commence par plaider sa cause. Sans elle ce serait la surpopulation, sans elle il faudrait supporter des prochains devenus laids ou aigris, sans elle la vie ne serait pas marquée par une durée qui en fait l’essence.
Si la personnification de la douleur et de la camarde est si réussie, ce n’est pas seulement parce que l’auteur – qui était un lettré – s’est appuyé sur son expérience. C’est aussi grâce au talent des comédiens qui ont su donner chair à un désespoir et à une fatalité. En cela, la pièce, qui rejoint le Livre de Job comme les Psaumes dans la mesure où elle met en lumière des réalités inexplicables pour peu qu’on reste humain, est réussie. Fait intéressant, elle ne circonscrit pas le débat entre les humains et la mort mais montre comment cette dernière s’attaque à toute vie, fût elle animale ou végétale.
Pierre FRANÇOIS
« Le Laboureur de Bohême », de Johannes Von Saaz adapté par Dieter Welke et Christian Schiaretti. Mise en scène par et avec Géraud Andrieux et Olivier David. Le mardi à 21 h 30 jusqu’au 16 mai à l’Essaïon, 6, rue Pierre au lard (à l'angle du 24 rue du Renard), 75004 Paris, Métro Hôtel de Ville, Rambuteau, Châtelet, tél. 01 42 78 46 42. Durée : 70  mn. Site de la compagnie : http://fond-de-scene.fr/

Photo : Pierre François

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