Théâtre : « Michael Kohlhaas, l’homme révolté » d’après Heinrich von Kleist au Théâtre Essaïon, à Paris.

Récit joué.
On  connaissait déjà le talent de conteur de Gilbert Ponté, notamment à travers sa pièce « L’Enfant de la cité », trilogie qui raconte l’arrivée puis la vie d’une famille d’immigrés italiens en France. Il ne se dément pas avec ce nouveau travail, cette fois-ci adaptation d’une œuvre déjà existante : « Michael Kohlhaas, l’homme révolté », nouvelle d’Heinrich von Kleist d’après une histoire vraie. De fait, un certain Hans Kohlhase (1500–1540) part en octobre 1532 de sa ville de Cologne pour aller vendre des chevaux à la foire de Leipzig. En route, le domestique d’un noble –  Günter von Zaschwitz – lui en confisque quelques-uns. À son retour, le seigneur lui demande une forte somme pour lui rendre ses chevaux. Hans Kohlhase porte l'affaire devant l’Électeur de Brandebourg – Joachim I Nestor – dont dépend son adversaire. Obligé de payer la somme demandée, il décide d'entamer un procès. Qu'il perd. Il défie alors et son adversaire et l’État de Saxe. S'ensuivent des attaques qui lui sont attribuées et, après une tentative infructueuse de régler la question, l’Électeur de Saxe Jean-Frédéric Ier met sa tête à prix. Kohlhase réunit alors une bande qui vole, incendie, pille villes et villages. C’est en 1540 qu’il est arrêté avec son adjoint et subit le supplice de la roue à Berlin le 22 mars*.
Le récit joué** de Gilbert Ponté met en scène tous ces personnages ainsi que ceux qu’Heinrich von Kleist a rajouté (la femme de  Kohlhaas, un chambellan, Luther…). On y croit totalement. On est pris par le suspense qui émaille la totalité du récit. On se sent solidaire de ce fou de justice. On admire l’encouragement au pardon prodigué par sa femme.  On vibre. Et on ne voit pas le temps passer.
Pierre FRANCOIS
« Michael Kohlhaas, l’homme révolté », adapté de la nouvelle d’Heinrich von Kleist par Marco Baliani et Remo Rostagno, traduit par Olivier Favier. Avec Gilbert Ponté. Lundi et mardi à 19 h 45 jusqu’au 27 juin au Théâtre Essaïon, 6, rue Pierre au lard, 75004 Paris, métro Hôtel-de-ville, Rambuteau, tél. 01 42 78 46 42.
* Cet épisode se situe dans un contexte troublé. De 1419 à 1522, on a pas connu moins de dix révoltes (Hussites, Hans Böhm), émeutes (Allgäu), conspirations (Bundschuh en Alsace, à Spire, en Brissau, en Forêt-Noire) ou mutinerie (des chevaliers du Palatinat). Plus proche encore de l’histoire de Kohlhase, il y eut – trouvant une de ses sources dans la traduction du Nouveau Testament en allemand par Luther (qui condamnera le mouvement) – la guerre des Paysans allemands (Deutscher Bauernkrieg) dite aussi le Soulèvement de l’homme ordinaire (Erhebung des gemeinen Mannes) ou révolte des Rustauds de 1524 à 1526 en Allemagne du Sud, Suisse, Lorraine allemande et Alsace.
** Dans le style du « teatro-narrazione », genre inventé et vulgarisé par Dario Fo dans les années soixante.

Photo : La Birba Compagnie

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