Méditation : Marc, chap 2, versets 2 à 13

« Des gens vinrent à lui, amenant un paralytique porté par quatre hommes. ».

Quatre hommes. Un par poignée de brancard. Mais Marc ne mentionne pas ce grabat lorsqu’il est question de descendre le malade par le toit. La Bible parle-t-elle ailleurs de « quatre hommes » ? Oui, mais dans des contextes très différents qui ne permettent pas de conclure à une allusion claire. Ils sont quatre à se promener sans dommage dans la fournaise chez Daniel 3, 25, alors qu’il n’y en a que trois à y avoir été jetés (comme à en sortir) et que « la figure du quatrième ressemble à celle d'un fils des dieux ». Par ailleurs, quand Paul s’obstine (Actes 21, 23) à vouloir aller à Jérusalem malgré le danger d’arrestation, on lui adjoint « quatre hommes qui ont fait un vœu » pour le protéger. Peut-être y a-t-il là le meilleur parallèle possible : Paul reste dans sa décision malgré la prophétie explicite d’Agabus (v. 11) comme le paralytique avait accepté une fois pour toutes son état (avait-il le choix?) et les quatre hommes sont là pour lui servir de sauf-conduit.

 

« Jésus, ayant aussitôt connu par son esprit ce qu'ils pensaient au dedans d'eux, leur dit : Pourquoi avez-vous de telles pensées dans vos cœurs ? »

Le Christ n’affirme rien. Ne condamne personne. Renvoie chacun à lui-même. Invite chacun à s’interroger sur la légitimité de son jugement. Car les pensées de ses adversaires ne sont pas que des raisonnements. Ces derniers ont directement sauté à la conclusion, ils ont préjugé.

 

« Lequel est le plus aisé, de dire au paralytique : Tes péchés sont pardonnés, ou de dire : Lève-toi, prends ton lit, et marche ? »

À strictement parler, les deux formules sont aussi aisées à prononcer. Est-il plus facile de dire qu’il fera beau demain ou que les fusées iront bientôt sur Mars ? Sauf à être atteint de mutisme ou de bégaiement grave, tout peut être dit avec la même facilité. Cette question du Christ n’est donc qu’une prémisse. Et, une fois de plus, c’est juste une question, une invitation à la réflexion.

 

« Or, afin que vous sachiez que le Fils de l'homme a sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés : Je te l'ordonne, dit-il au paralytique, lève-toi, prends ton lit, et va dans ta maison. ».

Ici, c’est Dieu qui fait le pari de Pascal. Il a l’air tout puissant – « afin que vous sachiez que le Fils de l'homme a sur la terre le pouvoir » – mais il est à la merci du paralytique. Il ne lui reste plus qu’à espérer que ce dernier, dont il vient de faire son Dieu, celui qui va confirmer ou non sa puissance, va accepter son injonction. On ne compte pas, dans la Bible, le nombre de fois où l’homme – fût-il saint, on peut repenser ici à ce qu’on vient de dire de Paul qui a été à de multiples reprises mis en garde – refuse les offres de Dieu. Guérir, moi ? Échanger un statut auquel je me suis fait et dont j’ai fini par savoir tirer avantage, pour de l’inconnu ? Non merci ! Cette réponse était d’autant plus probable que l’évangéliste nous dit qu’ « ils découvrirent le toit de la maison où il était, et ils descendirent par cette ouverture le lit sur lequel le paralytique était couché. Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique ». Jésus voit la foi de qui ? De « ils », les brancardiers. Mais rien n’est dit sur le paralytique. Désirait-il guérir ? A-t-il accepté de se faire mener là pour faire plaisir à ses amis ? Se disait-il qu’il pouvait « toujours essayer » ? Nul ne le sait. Le miracle est autant dans son acceptation que dans la guérison. Et même après coup, ce n’est pas ce taiseux qui rend gloire à Dieu – « il se leva, prit son lit, et sortit en présence de tout le monde » – mais l’assistance, qui est déjà acquise à la personne de Jésus puisqu’elle empêchait le malade d’accéder.

Le texte intégral : 2 Quelques jours après, Jésus revint à Capernaüm. On apprit qu'il était à la maison, 2 et il s'assembla un si grand nombre de personnes que l'espace devant la porte ne pouvait plus les contenir. Il leur annonçait la parole. 3 Des gens vinrent à lui, amenant un paralytique porté par quatre hommes. 4 Comme ils ne pouvaient l'aborder, à cause de la foule, ils découvrirent le toit de la maison où il était, et ils descendirent par cette ouverture le lit sur lequel le paralytique était couché. 5 Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique : Mon enfant, tes péchés sont pardonnés. 6 Il y avait là quelques scribes, qui étaient assis, et qui se disaient au dedans d'eux: 7 Comment cet homme parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui peut pardonner les péchés, si ce n'est Dieu seul ? 8 Jésus, ayant aussitôt connu par son esprit ce qu'ils pensaient au dedans d'eux, leur dit : Pourquoi avez-vous de telles pensées dans vos coeurs ? 9 Lequel est le plus aisé, de dire au paralytique : Tes péchés sont pardonnés, ou de dire : Lève-toi, prends ton lit, et marche? 10 Or, afin que vous sachiez que le Fils de l'homme a sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés : 11 "Je te l'ordonne, dit-il au paralytique, lève-toi, prends ton lit, et va dans ta maison". 12 Et, à l'instant, il se leva, prit son lit, et sortit en présence de tout le monde, de sorte qu'ils étaient tous dans l'étonnement et glorifiaient Dieu, disant : Nous n'avons jamais rien vu de pareil. 13 Jésus sortit de nouveau du côté de la mer. Toute la foule venait à lui, et il les enseignait.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *