Méditation : épître aux Romains, chap 12, versets 1 à 3.

Le carême est le temps des sacrifices. Des ou du ? Et qu’est-ce qu’un sacrifice ? Saint Paul nous exhorte-t-il à nous faire hara-kiri sur l’autel de l’oubli de soi ? Pas si sûr… Remontons aux origines en faisant un peu d’étymologie. 
L’apôtre nous exhorte « par les compassions de Dieu ». La compassion, c’est en latin, une des langues de Paul, « cum patere », souffrir (ou supporter, ou endurer) avec. Nous ne sommes donc pas seuls, Dieu lui-même est à nos côtés (encore plus dans la Tob qui remplace « compassion » par « miséricorde », qui a le coeur sensible à la pitié). Cela rend la chose déjà moins pénible. À quoi nous exhorte-t-il ?  À offrir nos « corps comme un sacrifice ». Il est à noter que la version de la Tob (et ses traducteurs ont commencé précisément par l’épitre aux Romains tant elle était sujette à des divisions doctrinales : s’ils arrivaient à trouver une traduction qui les satisfassent tous, alors ils pourraient traduire tout le reste ensemble) remplace « corps » par « vous-mêmes ». Logique puisque  la division corps-âme est une invention de la philosophie grecque sans rapport avec la conception hébraïque qui voit le corps comme un tout animé par un « souffle » qui est aussi l’esprit de Dieu. C’est de s’offrir comme un sacrifice qui est demandé. Et que nous révèle le latin à ce sujet ? Que le « sacrifice » c’est « sacrum facere », rendre sacré. Les petits malins ne manqueront pas de faire une remarque au sujet de l’os du même nom, mais on est là dans le domaine de notre animalité instinctive, ce que les proctologues pourront confirmer en témoignant du nombre d’agression dont ils sont l’objet. Mais revenons à nos moutons. 
Nous sanctifier, rendre nos vies sacrées avec l’aide de Dieu, voilà le programme que nous propose l’apôtre. Et comment ? En se laissant faire, en se laissant transformer, en laissant Dieu renouveler notre intelligence – pour lui permettre de voir au-delà de ce que nous montre l’esprit du monde, qui justement reste encore bien attaché à nos instincts pour le pire au lieu de les utiliser pour le meilleur – avec,  pour résultat final, de percevoir sa volonté sur nous sans avoir à se torturer d’incertitudes et de questions incessantes.
Ce programme est qualifié par l’apôtre de « vivant », « saint », « raisonnable » (« spirituel » selon la Tob), « bon » (« bien » selon la Tob), et surtout tellement « agréable » que le mot est répété.
Y a-t-il quelque chose que l’étymologie nous révèle au sujet d’agréable ? Un petit jeu de piste nous mène à « agréer » puis à « gré » et enfin au latin « gratus » : agréable, bienvenu ; aimable ; accepté avec reconnaissance, reconnaissant ». Il n’y a donc pas que du plaisir donné dans l’agrément, mais aussi de la reconnaissance pour le don offert.
Vu sous cet angle, qui refusera d’entrer dans cette perspective, fût-ce au prix d’une lucidité qui nous encourage à rester modeste, eu égard à notre peu de foi ?

Romains, chap 12, 1-3

Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui sera de votre part un culte raisonnable.
Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l'intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait.
Par la grâce qui m'a été donnée, je dis à chacun de vous de n'avoir pas de lui-même une trop haute opinion, mais de revêtir des sentiments modestes, selon la mesure de foi que Dieu a départie à chacun.

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