Théâtre : « Je change de file », de et avec Sarah Doraghi au Lucernaire à Paris puis en tournée.

Rire garanti.
« Je change de file », au Lucernaire puis en tournée, de et avec Sarah Doraghi, est un spectacle solo parfaitement réussi. Non seulement il divertit, mais il fait aussi réfléchir. Sur notre propre attitude face à l'étrange étranger au sujet duquel nous étalons notre ignorance en croyant faire état de notre science.
Sarah Doraghi arrive en France en 1983 à l'âge de dix ans – elle a donc connu la révolution islamique de 1979 et la guerre Iran-Irak qui a débuté en 1980 – sans comprendre ni parler un mot de français.
Mais elle veut s'intégrer (elle apprend trois pages du dictionnaire par soir) et est observatrice. Son spectacle est le résultat de ces deux caractéristiques sous l'éclairage de l'amour qu'elle a pour le pays  où elle a grandi, étudié, découvert les chansons d'amour et l'amour tout court.
Autant dire qu'il est aussi pertinent – et impertinent – que drôle. Tout ce qui est dans le spectacle est donné pour vrai et le miracle est qu'au lieu de se moquer d'autrui elle invite le public à rire avec elle de ce qui lui est arrivé. 
On sent une vraie tendresse, presque une jubilation intime lorsqu'elle raconte ses premières conversations dans un français tout frais qui lui fait faire quelques approximations et dire « un peu de raffinerie », « un peu de sens de l'hospitalisation », « jamais sur le kiwi » ou « mettre les pieds dans le plâtre ». Des expressions dont l'humour involontaire n'est détrôné que par les perles du bac. 
De même, on ne ressent pas le soupçon d'une moquerie quand elle montre comment notre confusion entre Perses et Arabes nous fait faire des gaffes irrattrapables sans même s'en rendre compte.
Car la bienveillance dont elle veut témoigner est d'une telle évidence qu'on ne peut pas ne pas la voir, ce qui fait du bien dans une société où il est de bon ton de ne pas s'apercevoir que bien des immigrés aiment la France et sa culture.
Enfin, fait assez rare pour devoir être signalé : absolument toutes les intentions qu'elle affiche dans l'entretien qu'elle a donné à artistik rezo* sont ressenties par le spectateur.
Pierre FRANÇOIS
« Je change de file », de et avec Sarah Doraghi. Mise en scène :  Isabelle Nanty et Sharzad Doraghi-Karila. Du jeudi au samedi à 21 heures jusqu'au 4 février au Théâtre du Lucernaire, 53, rue Notre-Dame des champs, 75006 Paris, métro Notre-Dame-des-champs, Montparnasse, Vavin, Edgard Quinet. Renseignements et réservations :  01 45 44 57 34, www.lucernaire.fr
Tournée : le 27 janvier à 20 heures à Limoges (87) au Centre Culturel Jean Gagnant, 10 février à 20 h 30 à Issoire (63) à la Salle Animatis, le 3 mars à 20 h 30 à Bischeim (67) à la Salle du Cercle, 8 mars à Arpajon (91) à l'Espace Concorde, 10 mars à 20 h 30 à Sucy-en-Brie (94) à l'Espace Jean-Marie Poirier, 7 avril à Grans (13) à l'Espace Robert Hossein, 8 avril à Mandelieu (06) au Centre Culturel Municipal, 27 avril à 18 heures à Noisy-le-sec au Théâtre des Bergeries, 12 mai à 20 h 30 à Bar-le-duc (55) au Théâtre de Bar le Duc, 19 mai à 20 h 30 à Laon (02) au Théâtre Guy Sabatier.

*https://www.youtube.com/watch?v=g6b1j_WKHWI

Photo : Cyrus Atory.

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