Sculpture : Biennale de sculpture de Yerres.

Biennale de sculpture de Yerres, par David Westphal.
La quatrième Biennale de sculpture de Yerres ouvre ses portes jusqu'au 10 juillet et marie pour le grand public et notre grand plaisir plusieurs générations de sculpteurs. Autour d'artistes qu'on ne présente plus, et qui ont des musées ou fondations à leur nom (Rodin, Giacometti, Zadkine), c'est l'occasion de découvrir – ou redécouvrir – dans le cadre merveilleux de la Maison Caillebotte et de son parc, des artistes contemporains renommés et quelques-uns qui aspirent à le devenir.
Dans le parc, l'oeuvre de Jaume Plensa règne en majesté. Isabella est une sculpture en fonte de fer de dimension imposante (450 x 53 x 117cm). Un visage de femme dont la sérénité n'a d'égale que la science et la «magie» qui procède à son exécution. L'artiste joue en ronde-bosse des procédés du trompe-l'oeil. Son Isabella prend donc toute sa mesure et sa grâce à une vingtaine de mètres de distance. Elle promène sa quiétude avec une égale efficacité à mesure que l'on en fait le tour. Ce n'est qu'en s'approchant au plus près de l'oeuvre que l'on prend conscience de l'habile subterfuge. Magique et réjouissant.
À la maîtrise de Jaume Plensa répond le travail dénué d'artifice de Christian Lapie. Les heures tombent sont des totems taillés dans le bois. De six à sept mètres de haut, bruts, noircis, ils imposent leur présence massive, nous toisent. Figures contemporaines des alignements et érections mégalithiques à travers le monde, ils semblent défier le temps et nous interroger sur notre condition humaine.
L'Orangerie du parc accueille en partie une jeune génération, Léa Klein est de celle-là. Travaillant volontiers le tissu -matériau assez peu associé à l'idée de sculpture- elle y cherche le mouvement et la légèreté. Sa robe seuil paraît conçue pour deux horizons bien distincts : «habitée» d'un danseur, elle tend vers l'art vivant, la chorégraphie, ce qu'il est convenu d'appeler la « performance ». En revanche, inerte, elle tend plus volontiers vers la sculpture. Traversée des rayons du soleil, elle semble porter en elle la douloureuse mémoire de ceux qui ne sont plus.
La Ferme Ornée recèle aussi quelques trésors. Aux côtés des légendes que sont Jean Dubuffet ou Germaine Richier, Denis Monfleur et son Ange blanc représente les artistes contemporains. Ses oeuvres à la taille directe dans les pierres les plus dures renvoient à l'idée première que l'on se fait de la sculpture: dompter la matière brute, aller chercher en son essence tant la puissance que l'émotion.
À l'étage Nour Asalia et Agnès Bracquemond se font écho dans l'expression de la vanité et de la mort. La première dans un sombre mais poignant hommage à Virginia Woolf et à sa dernière lettre. La seconde dans deux dessins et une terre crue d'une évidente sensibilité.
La Biennale de sculpture choisit donc d'offrir une place tant à des artistes légendaires, de ces artistes disparus qui ne connaissent plus aujourd'hui que la lumière, qu'à des créateurs bien vivants, reconnus ou en devenir. En dépit de la qualité indéniable de cette exposition, on eût aimé simplement que ces derniers fussent plus généreusement représentés.
David Westphal
Biennale de sculpture, 4e édition. Jusqu'au 10 juillet 2016 à la Propriété Caillebotte. 8, rue de Concy 91330 Yerres.
Du mardi au vendredi de 14 heures à 18 heures. Les samedis, dimanchee et jours fériés de 10 heures à 12 heures et de 14 heures à 18 heures. Accès gratuit au parc et à l'Orangerie, entrée payante à la Ferme Ornée. www.proprietecaillebotte.com. Accès : RER D, direction Melun.

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