Socio-politique : « Nuit debout » devrait s’amplifier.

« Nuit debout » devrait s'amplifier.
Pourquoi ?
Chacun se drogue à ce qu'il peut. France-info a l'avantage d'être licite et de nous plonger dans le monde réel (même si de plus en plus souvent on a affaire à une apparence de direct plus qu'à du vrai…).
Il y a quelques jours, cette longueur d'ondes annonçait que le mouvement « Nuit debout » gagnait l'étranger. Hier dimanche, l'assemblée générale de ce dernier était en train d'essayer d'accoucher – dans la douleur et la confusion – d'une souveraineté de ladite assemblée quant aux décisions à prendre dans le futur. Ce matin J.-C. Cambadélis expliquait benoîtement sur les mêmes ondes comment son « alliance populaire » voulait être un mouvement citoyen ouvert à tous et non composé de seuls experts. Des propos qui, comme par hasard, étaient l'écho exact des aspirations exprimées place de la République.
Or les gros partis* politiques s'intéressent rarement aux feux de paille ou aux petits partis. Il n'est que de voir la façon dont le PS a traité les écologistes jusqu'à ce que Nicolas Hulot refuse un portefeuille ministériel (fait rarissime, voir inconnu, sous la Ve République).
Les partis institutionnels ne s'intéressent aux minoritaire que lorsque ces derniers deviennent un danger pour eux. La meilleure illustration en est la façon dont le traitement réservé au Front national a évolué. Il a d'abord été marginalisé, voire utilisé dans une stratégie de division pour mieux régner (cf Mitterrand et la proportionnelle, qui a envoyé des frontistes au Parlement pour limiter le nombre des parlementaires de droite) lorsque ses soutiens étaient des nostalgiques de l'Algérie française. Aujourd'hui que son audience touche tous ceux qui sont en mal de repère facilement identifiable, tout le monde lui court après et applique son programme avant même qu'il ne parvienne au pouvoir.
Le raisonnement vaut aussi pour « nuit debout ». Si les politiciens n'y avaient vu qu'un mouvement d'humeur, ils auraient laissé la situation pourrir ou négocié avec les relais institutionnels que sont les syndicats dans le cadre de la loi travail. Mais les syndicats eux-même disent voir dans ce mouvement des forces « complémentaires », autrement dit qu'ils ne contrôlent pas et ne parviennent pas à intégrer à leurs défilés.
Par ailleurs le temps joue pour « nuit debout » : les jours vont continuer à rallonger et la météo à être de plus en plus clémente.
Enfin, le site est en train de se sacraliser, donc les interventions policières y deviendront de plus en plus délicates. La place de la République, c'est l'endroit qui a vu un élan de fraternité inédit lors des attentats contre Charlie hebdo. Elle est ensuite devenue lieu de pèlerinage à la suite de ceux du 13 novembre. Le fait que les inscriptions en face du Bataclan** soient désormais effacées, mais que celles au pied de la statue de la République soient encore là et que la place soit devenue un endroit piétonnier par excellence depuis sa modification jouent dans le sens d'une sacralisation progressive et de l'emplacement et des idéaux attachés à la statue qui l'orne. Tout est donc réuni pour que le mouvement continue de s'amplifier, d'autant plus que la classe politique de droite comme de gauche reste obnubilée par des considérations de « primaire », qui n'intéressent qu'elle-même.
Pierre FRANÇOIS
*ou apparemment gros : la réforme sur le parrainage des candidats à l'élection présidentielle n'aurait eu aucune raison d'être si ces derniers avaient été sûr de la réalité de leur emprise sur l'opinion.
** mal situé, il est le long d'un boulevard très passant, sans possibilité d'arrêt.

Pour une opinion très différente et reposant sur des faits aussi vérifiés : http://www.slate.fr/story/116543/nuit-debout-limites-mouvement-sympathique

Photo : Pierre Francois.

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