Théâtre : « La Prairie parfumée où s’ébattent les plaisirs » à l’Essaïon de Paris

Le théâtre de l’Essaïon, après avoir remarqué que sa programmation était appréciée au Figaro et dans nos pages, aurait-il décidé de basculer dans la piété ? En même temps qu’« Autour de ma pierre il ne fera pas nuit », il donne « La Prairie parfumée où s’ébattent les plaisirs », un spectacle qui appelle régulièrement la bénédiction de Dieu sur le vizir censé écouter un conférencier, lequel n’hésite pas à déclarer « Louange à Dieu qui a fait que le grand plaisir de l’homme réside dans l’huis de la femme et que le grand plaisir de la femme réside dans l’instrument de l’homme… ».
On l’a compris : il s’agit d’un texte érotique, équivalent du Kamasutra, rédigé par Mouhammad al-Nafzâwî au XVe siècle.
La force comique de cette fausse conférence est dans l’absence totale de trivialité que le comédien et la comédienne ont su instiller à ce mode d’emploi particulier. En effet, l’homme joue celui qui prend la distance que requiert le traitement d’un sujet important et est parfois gêné par ce qu’il doit expliquer tandis que son assistante est une parfaite sainte Nitouche pourtant très intéressée par le sujet. Bref, on est en pleine et délicieuse hypocrisie et le public, notamment féminin, ne s’y trompe pas, qui rit aussi discrètement que régulièrement.
Pierre FRANÇOIS
« La Prairie parfumée où s’ébattent les plaisirs », d’après le traité d’érotologie de  Mouhammad al-Nafzâwî. Avec Bénédicte Bosc et Stefan Godin. Mise en scène : Didier Carrier. Du jeudi au samedi à 21 h 30 jusqu’au 8 novembre au Théâtre de l’Essaïon, 6, rue Pierre-au-lard, 75004 Paris, métro Hôtel-de-Ville, Châtelet, Rambuteau, tél. : 01 42 78 46 42, www.essaion-theatre.com.

Photo : J.-C. Donda

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