08/06
La nuit est paisible et je me réveille, comme d’habitude, avec le soleil. Alors que je commence à rouler la tente pour partir, le mari revient et m’invite à petit déjeuner avec sa famille. Je suis gêné, conscient des effluves que j’exhale, mais la politesse et la faim s’allient et l’emportent. Dans leur cuisine se trouvent deux couples de leur famille en plus de mes hôtes. Une conversation à bâtons rompus s’engage, respectueuse et écoutante de part et d’autre, qui reste un de mes meilleurs souvenirs d’échange. Comme je continue le régime cétogène, je dévore leurs fromages en laissant le plus possible de côté tout ce qui est glucidique. Au moment de partir, mon hôte me propose une salle de bain. Mais il faudrait redéfaire les bagages et je suis pressé d’arriver à Taizé, où je sais qu’il y a des sanitaires. Je lui réponds donc qu’il est trop tard et on transige sur un WC dans lequel je fais une toilette rapide à l’aide de mes lingettes. La bonne nouvelle, au moment du départ, vient de mon hôte : leur demeure est située sur les hauteurs, de sorte qu’il n’y a plus que de la descente jusqu’à Taizé, qui ne se trouve plus qu’à vingt kilomètres.
La voiture des enfants de mes hôtes me double en faisant des gestes d’amitié, je passe Saint-André-le-Désert, Salornay-sur-Guye, Cortevaix et il y a juste à monter un bout de route (bien moins raide et long que lorsque l’on arrive par la piste cyclable de Cluny) pour arriver à Ameugny, qui est à toucher Taizé.
Une fois arrivé, le temps s’arrête. C’est inexplicable, mais c’est ainsi. Je commence par m’allonger sur un banc, à l’ombre, car la chaleur continue de croître. Sans doute n’y suis-je resté qu’un quart d’heure, mais je me relève aussi reposé que si j’avais dormi une heure. Il s’agit ensuite de s’inscrire. Comme l’accueil est fermé pendant le repas du midi, je fais une reconnaissance à la boutique.
Elle est imposante. En effet, les moines, qui sont de toutes les confessions chrétiennes sans renoncer à la leur au moment d’entrer dans ce monastère, ne vivent que de leur travail. Les deux activités principales sont la poterie et le chant. On retrouve d’ailleurs les chants de Taizé dans tous les recueils paroissiaux, catholiques ou protestants. Ils se caractérisent par la reprise sous forme méditative d’une citation de la Bible ou d’un grand spirituel (par exemple « Nada te turbe », de sainte Thérèse d’Avila*), aussi souvent en latin qu’en une langue vernaculaire. Il arrive même que, d’un couplet à l’autre, on change de langue. Il faut ici mentionner la longue collaboration de Jacques Berthier avec la Communauté, dès les années 50. Cet organiste de la cathédrale d’Auxerre puis de l’église Saint-Ignace des Jésuites à Paris a composé pour Taizé 232 chants dans vingt langues, dont quelques-uns des célèbres « Alleluia de Taizé ».
Pierre FRANÇOIS
*Nada te turbe nada te espante;
quien a Dio tiene nada le falta.
Nada te turbe, nada te espante;
sólo Dios basta.
Traduction :
Que rien ne te trouble, que rien ne t’effraie,
celui qui possède Dieu ne manque de rien.
Que rien ne te trouble, que rien ne t’effraie
Dieu seul suffit.






