Spiritualité : Route pèlerine pour la paix, premier segment : mont Saint-Michel – Villeurbanne (17)

Déjeuner à Châteaumeillant.

Je profite de la présence d’un bureau de poste à Sainte-Sévère-sur-Indre – très jolie halle couverte en bois et pierre au passage, très jolie montée aussi pour y arriver, au point qu’une personne à laquelle je demande mon chemin me répond que je vais la maudire quel que soit celui qu’elle m’indiquera – pour m’expédier un colis de deux kilos (18,40 €). La route continue de monter et de descendre, mais moins qu’avant, et c’est à Chateaumeillant, via Urciers-le-Magneux, qu’un peu cuit par le soleil, il est possible de s’asseoir et de déjeuner. Le menu est typiquement cétogène : jambon, céleri rémoulade, beurre, même si j’y ajoute une part de camembert. Sans oublier l’indispensable café, qui ne parvient cependant pas à me réveiller complètement.

En mémoire des parachutistes.

Une fois reparti, la D70, quasi rectiligne sur un paysage presque aussi plat que la paume de la main, s’annonce monotone. Pourtant, elle est interrompue à peu de distance par un étrange monument à l’embranchement vers Beddes. Il s’agit d’un double mémorial, d’une part en hommage à un parachutiste mort en mission dans la nuit du 6 au 7 août 1944, d’autre part pour célébrer le cinquantenaire du premier parachutage à destination de la Résistance, qui eut lieu sur la commune en 1943. Contrairement à bien des monuments militaires, plutôt familiers de la verticalité, celui-ci prend la forme d’un conteneur de l’époque tombé au milieu d’un champ, le bronze gravé en expliquant le sens atteignant à peine un mètre de hauteur. Quant à la reproduction du champ, il s’agit d’un cercle d’environ dix mètres de diamètre. Faire le détour par le prieuré d’Orsan est un peu décevant dans la mesure où, restauré, il est devenu un lieu de promenade pour en admirer les jardins. Mais de moniales, il n’en est plus question depuis plusieurs siècles. À un carrefour, j’ai l’agréable surprise de me rendre compte que j’ai rejoint un des chemins de Vézelay à Compostelle.

Sur une des routes de Compostelle.

L’arrivée à Saint-Amand-Montrond est spécialement compliquée. Il n’y a pas d’accès par une route départementale, moins fréquentée, ce qui me conduit à accepter l’idée d’emprunter la nationale. Mais, d’une part, elle est très fréquentée et, d’autre part, je me suis trompé dans l’évaluation de la distance à parcourir qui est de presque dix kilomètres au lieu des quatre que j’avais cru lire sur la carte. Au bout de quinze minutes de dépassements à 90 km/h par voitures et camions, je m’arrête et consulte le GPS. Par une chance incroyable, il y a justement une bifurcation possible 120 mètres derrière moi. Je savais que les anges gardiens existent, mais j’en ai là un signe aussi évident que discret, et ce n’est d’ailleurs pas le premier. Le bas-côté herbeux est très large et revenir à contresens est sans danger, mais le stress a été puissant et, sitôt arrivé dans le chemin forestier qui mène au but, je dois m’accroupir pour me vider. Les mouches arrivent en escadrilles serrées avant que j’aie eu le temps de me relever. À Saint-Amand-Montrond, le camping se trouve en bordure du canal du Berry.
Pierre FRANÇOIS