Mais il y a un hôtel-restaurant-bar en face. Je m’y fais expliquer le chemin de La Villefranche où habite un cousin germain, par sa femme au téléphone, mais ne comprends pas. Il est vrai que les automobilistes ont du mal à conceptualiser ce que représentent les notions de « juste après » ou de « tout droit » pour des cyclistes, et je suppose que là est la raison – en plus de la fatigue, qui a tendance à anesthésier l’esprit d’analyse et de synthèse – pour laquelle je ne suis pas parvenu à trouver sur la carte ce que me disait le haut-parleur du téléphone. Heureusement, le patron de l’hôtel me fait un dessin, qui vaut toutes les cartes – papier ou sur écran –, tout en s’étonnant que ce lieu-dit ne figure pas sur ma carte électronique (en fait, il faut agrandir au maximum pour que le nom s’affiche, donc être déjà dessus avant de zoomer au risque de passer à côté). Je choisis d’aller au plus court, c’est-à-dire en passant le gué de l’Abloux au niveau du Fay, La Villefranche se situant cent mètres après. Il n’est pas profond – trente centimètres – à ce moment de l’année, mais large. Je dérape au milieu et le vélo se couche. C’est la sacoche contenant les œufs conservés dans le sel qui se retrouve en dessous. L’ordinateur, emballé dans plusieurs épaisseurs de papier bulle, pour le protéger des chocs et de la pluie, était dans celle du dessus, dont le côté ne fait qu’affleurer la surface de l’eau. Par contre, les batteries externes étaient dans celle qui est tombée dans l’eau. Certaines marchent encore, d’autres plus. Se calmer, laisser sécher – le plus longtemps possible – et on verra après. J’avais prévu de partager le déjeuner et de repartir ensuite, il est clair que je vais rester dormir, le temps que tout sèche, y compris le bonhomme. Je vide donc tout et étale les affaires sur la pelouse. Puis, avec Jean, aîné d’une famille de dix, nous échangeons les nouvelles de nos fratries réciproques et nous apercevons – on s’en doutait, mais pas à ce point – de la différence de perceptions que nous avions de nos parents respectifs. Anne m’interroge délicatement au sujet de Laurence. Je la sens bienveillante et cela me fait du bien. Nous ne sommes pas du même style, mais chacun accepte l’autre.
01/06
La nuit a été bonne, mais les œufs m’ont manqué au petit déjeuner et je reste dans un état second une bonne partie de la matinée. Messe à Argenton. Belle liturgie, un peu solennisée, avec deux baptêmes et une présentation en vue de ce sacrement. L’homélie, qui commente la « prière sacerdotale » (Jean, chap. 17), a pour thème l’unité sans uniformité. Je repars vers 15 h, poussé par le cousin et ses fils aux cris de « Buen camino ». À 17 h 30, c’est l’arrivée à Lourdoueix-Saint-Michel, via Baraize, Cuzion, le barrage d’Éguzon et Saint-Plantaire. Un village qui s’appelle Saint-Michel exige qu’un pèlerin à Saint-Michel y fasse étape, c’est évident !
Pierre FRANÇOIS



