Théâtre : « 1.2.3 Tchekhov ! », d’Anton Tchekhov au festival « La belle vendangeuse » organisé par le Centre artistique de Piégon.

Courtes, mais intenses.
« 1.2.3 Tchekhov ! » donne à voir trois courtes pièces hélas peu jouées de Tchekhov. Tout le monde a déjà vu « L’Ours », « La Demande en mariage » ou « Les méfaits du tabac ». Mais combien de fois voit-on à l’affiche « Le Chant du cygne », « Tragédien malgré lui » ou « Duel » (ici, variation pour deux comédiens de la nouvelle « Un duel ») ?
Les comédiens qui les interprètent sont déjà connus dans le milieu pour leur sérieux et leur jeu ne déçoit pas. Ils se fondent dans le style – comparable à celui de la nouvelle – ramassé du récit sans donner le sentiment de se presser. Au contraire, ils déploient toutes les dimensions d’une histoire typée qui n’est guidée que par une idée.
Sans doute « Le Chant du cygne » est-il peu joué dans la mesure où il peut faire peur à ses interprètes. En effet, il s’agit là du bilan de la vie d’un vieux comédien qui a tout donné à son art, du point de vue familial, mais qui, à la suite d’un dépit amoureux, a glissé vers la facilité. Il abandonne dans un théâtre désert ses dernières illusions avec pour seul public le souffleur. Cette pièce est en soi un chef-d’œuvre, tant elle montre avec justesse – et avec une cruauté que seul Tchekhov sait tourner en drôlerie – les périls qui guettent le comédien. Gérard Rouzier interprète l’ivresse lucide sans faux pas tandis que Frédéric Schmitt sait se rendre aussi peu épais que la feuille de papier que le comédien invisible lit depuis son trou.
Dans « Tragédien malgré lui », inversion des rôles : c’est Frédéric Schmitt qui fait irruption chez un ami pour lui raconter un emploi du temps qui n’a rien à envier à nos multiples devoirs quotidiens d’avant et après le travail. Dans cette pièce, les deux jouent l’emphase comique à l’exacte mesure, et qui amplifie la saveur de ce texte si actuel.
Dans « Duel », les antagonismes sont autant psychologiques que philosophiques, et pourtant on est une fois de plus embarqué, notamment par des réponses à l’emporte-pièce faisant fi des idées détaillées de son interlocuteur. L’opposition entre homme de lettres et homme de science permet de pousser loin les antagonismes. Le jugement moral s’invite au cœur du débat. Reste à savoir qui sera vainqueur. En attendant la chute, chaque dialogue est un diamant de dialectique.
Pierre FRANÇOIS
« 1.2.3 Tchekhov ! », d’Anton Tchekhov. Avec Frédéric Schmitt et Gérard Rouzier. Mise en scène : Jean-Christophe Barbaud. Lumières et régie : Marta Lucrezi.
Le 14 mai à 20 h 30 et le 17 mai à 18 h dans le cadre du cinquième festival « La belle vendangeuse » organisé par le Centre artistique de Piégon, 349, chemin de Fontatière, 26110 Piégon. Tél. +33 (0)4 75 27 10 43. piegon.centre-artistique@wanadoo.fr, centre-artistique-piegon.fr